Histoires de ponts

1 juillet 2012

C’est pour des raisons évidentes de sécurité que le duc Berthold IV de Zaehringen avait choisi un éperon rocheux enchâssé dans une méandre de la Sarine pour construire sa ville. L’accessibilité du nouveau bourg n’était pas prioritaire, bien au contraire. A l’époque les gens ne se déplaçaient que par nécessité et travaillaient proche de leur domicile. Le bon duc ignorait que son choix d’un site en forme de cul-de-sac allait provoquer pas mal de remous quelques siècles plus tard.

Cet été le blog du Bourg va vous narrer quelques histoires de ponts. Nous débutons cette série par des témoignages de l’époque juste avant ou après la réalisation du premier ouvrage reliant les deux rives de la Sarine.

… Nous nous mîmes en route sous la conduite de notre nouveau cicerone. Nous passâmes pour nous y rendre près du tilleul de Morat, dont j’appris alors l’histoire; puis nous descendîmes une rue de cent vingt marches, qui nous conduisit à un pont jeté sur la Sarine. C’est du milieu de ce pont qu’il faut se retourner, regarder Fribourg s’élevant en amphithéâtre comme une ville fantastique: on reconnaîtra bien alors la cité gothique, bâtie pour la guerre, et posée à la cime d’une montagne escarpée comme l’aire d’un oiseau de proie; on verra quel parti le génie militaire a tiré d’une localité qui semblait bien plutôt destinée à servir de retraite à des chamois que de demeure à des hommes, et comme une ceinture de rochers a formé une enceinte de remparts…

… En regagnant la route de Berne, notre sacristain nous montra l’endroit que les ingénieurs viennent de choisir pour y jeter un pont suspendu qui joindra la ville à la montagne située en face d’elle. Ce pont aura huit cent cinquante pieds de longueur sur une élévation de cent cinquante: il passera à quatre-vingt-dix pieds au-dessus des toits des plus hautes maisons bâties au fond de la vallée. L’idée qu’on allait embellir Fribourg d’un monument dont la façon serait si moderne m’affligea autant qu’elle paraissait réjouir ses habitants. Cette espèce de balançoire en fil de fer qu’on appelle un pont suspendu jurera d’une manière bien étrange, ce me semble, avec la ville gothique et sévère qui vous reporte,à travers les siècles, à des temps de croyance et de féodalité. La vue de quelques forçats aux habits rayés de noir et de blanc, qui travaillaient sous la surveillance d’un garde-chiourme, ne contribua point à éclaircir ce tableau qui, dans mes idées d’art et de nationalité, m’attrista autant que pourrait le faire l’aspect d’un habit marron à Constantinople, ou d’une culotte courte sur les bords du Gange. …

Alexandre Dumas (père), extrait de “Impressions de voyage: Suisse”, 1832

… L’accès par la porte de Berne est aussi fort pénible et long. Jugez-en vous-même par les localités.- L’idée d’établir un pont qui dispensât de descendre et de remonter dans la vallée de la Sarine, est une idée ancienne. Elle est belle et grande,mais son exécution serait très dispensieuse. Il faut avant tout trouver les moyens et voir si les avantages balanceront les frais. L’emplacement, dont il est à présent question, est sans contredit le plus favorable à touts égards.Le pont en fil de fer, dont le dessin a été lithographié dernièrement, aurait quelque chose d’aérien et de très pittoresque qui piquerait singulièrement la curiosité du voisinage et de nombreux étrangers qui de toute part viennent touts les ans visiter notre belle Suisse. Au reste qu’on l’exécute en fer, en bois ou en pierre, il serait toujours très remarquable par son étendue de 840 pieds et son élévation de 154. Notre canton aurait une route commerciale qui lui manque, et nous ne serions pas si à l’écart sur le pied des Alpes.

Girard, extrait de “Explication du plan de Fribourg en Suisse”, 1827

Lorsqu’on arrivait de Berne à Fribourg, il y a moins de 40 ans, on était sous la ville, à quelques pas de ses murs, mais à 150 pieds de profondeur dans la vallée, et il fallait une heure au moins, une heure d’efforts désespérés des attelages pour arriver au centre, après avoir traversé trois fois la Sarine, gravi des côtes escarpées d’une difficulté extrême en toute saison et quelquefois impraticables en hiver, heureux encore si la côte était franchie en une heure et sans accident! …

F. Perrier, extrait de “Nouveaux Souvenirs de Fribourg Ville et Canton”, 1865

Fribourg vers 1780 encore sans pont

La toute première représentation du pont suspendu avant sa construction

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