Souvenirs 1800 (15)

8 avril 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 8 avril – nous avons été après midi sur la tour de St Nicolas, le temps était fort clair et la vue fort belle.

nous avons encore été aux etangs voir la pêche qui dure trois jours c’est le Commandant qui l’a faite faire pour donner le poisson aux couvens (1)

Mde rämi est accouchée d’une fille

le 9 avril

le 10 avril – j’ai retourné le matin pour la dernière fois chez Mr Landerset

le 11 avril

le 12 avril

le 13 avril – Larmintran est venu le matin avec Mr de Villardin

le 14 avril

Remarque: Une semaine plutôt calme. Patience, cela ne va pas durer.

1) Le 31 mars 1800, le commandant de place qui voulait “régaler les capucins de poisson” obtint de pêcher dans l’étang “en considération des égards qu’il a eu jusqu’ici pour la commune”.

Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité 1799-1800 fol.157

Fribourg en avril 1800

Que se passe-t-il dans la vie de tous les jours à Fribourg en ce printemps 1800. Le 7, “le chantre représente qu’il ne peut plus suffire aux dépenses qu’exige l’entretien des enfants de choeur, s’il ne reçoit pas au moins à compte de ce qui lui est dû à ce sujet”. Le 21 avril, la Municipalité demande à la Chambre administrative de lui “donner 40 à 50 sacs de grain soit à compte de ce qui nous est dû pour fournitures, soit comme prêt, afin que la Municipalité puisse faire face à ses besoins tant pour le paiement de ses pensionnés que pour les pauvres. La Municipalité décide alors de faire un geste et s’adresse au gouvernement pour obtenir du grain. Le même jour elle ordonne au Bumeister “de faire réparer le canal public de la rue de Lausanne qui est endommagé près du Cheval blanc”. Le 21 avril 1800, une citoyenne “divorcée d’avec son mari d’après jugement de l’évêque” obtient “de pouvoir jouir d’une partie de meubles pour elle et ses enfants” ainsi que de “deux cochons, vu que son mari a déjà disposé de deux cochons”. Quant au ramoneur Mathey, ordre lui fut donner “de ramoner aussitôt la cheminée dans la Maison du citoyen Bovard sur la Planche, et ce sans en être payé. Vu qu’il l’a récemment ramonée on ne peut plus mal”.

Le 21 avril 1800, la Municipalité prend connaissance d’une lettre adressée par la Chambre administrative à la chambre de régie dans laquelle le gouvernement cantonal estime “que la Commune de Fribourg doit rester dans ses anciennes limites qui s’étendent jusqu’aux bornes connues sous le nom de Burgerziehl, tandis que la Municipalité se montre résolu “de les étendre si possible jusqu’aux Bürgurziel”.

Le 23 avril, Jean-Baptiste Farvagnié obtient la “concession du fond des maisons écroulées à la Grand-Fontaine pour en faire un jardin”, à condition “que la Municipalité pourra retirer à elle ce terrain lorsqu’il le jugera avantageux au public” et que “ce citoyen établira et entretiendra un mur assez fort pour empêcher l’écroulement de la rue”. De plus, “il ne pourra aplanir ce terrain, mais devra le laisser en pente, dont la partie la plus élevée sera celle qui est du côté de la rue”. Le 29 avril 1800 “le propriétaire des Bains de la Badstube au nom de quelques autres citoyens demande que l’on ouvre de nouveau le grand escalier qui a été fermé à cause des troupes qui étaient casernées, quel motif n’existe plus”. La Municipalité refusa arguant du fait que des troupes pouvaient toujours revenir et que surtout “cet escalier n’est pas praticable et que la Municipalité n’a pas les moyens d’y faire les réparations nécessaires”. Le 27 juin 1800, plusieurs particuliers des Places et de la Neuveville obtinrent de rétablir à leurs frais le passage des grands escaliers à condition de le fermer lorsqu’il y aura de la troupe dans la caserne et d’établir une porte au bas qui, “ainsi que la supérieure sera tous les jours fermés à la nuit tombante et ouverte au jour venant”.

Alain-Jacques Tornare: Fribourg, il y a deux cents ans (extrait) – Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité 1800

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Joseph Landerset

Joseph Landerset, Courgevaux 1808

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Souvenirs 1800 (14)

1 avril 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 1er avril – Walpourg est partie pour pré (1)

le 2 avril – l’arrivée et le départ des courriers changent de jour, on suivra dorénavant les jours pairs et impairs d’après les decades

le 3 avril, il est arrivé un bataillon de la 44ème il est logé chez le bourgeois

j’ai été voir madelaine qui est malade

le 4 avril – Walpourg est revenue

le bataillon est parti pour Valais

le 5 avril – j’ai été en confesse au père Matse

nous avons été à granfay après le miserere (2)

le 6 avril – j’ai retourné à confesse au père Matse et j’ai fait mes paques à St Nicolas

le 7 avril – j’ai retourné chez mr landerset le matin

l’après midi nous avons été voir pecher aux étangs (3), il y avait beaucoup de monde, nous avons été jusqu’à la Chassote avec papa et nous sommes revenus aux étangs jusqu’à l’heure du lotto

1) Prez-vers-Noréaz où la famille Fegely possède le château construit en 1770

2) Psaume de pénitence que l’on récite ou que l’on chante à l’office durant la Semaine sainte (le 5 avril 1800 était le Samedi saint)

3) La porte des Etangs qui se trouvait sur le haut de l’actuelle rue de l’Hôpital

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La Porte des Etangs

Souvenirs 1800 (13)

25 mars 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 24 mars – mr de reinold gringalai est assez mal d’une fièvre

le 25 mars – mr landerset (1) a commencé mon portrait

j’ai engagé marianne je lui ai donné 6 livres d’arrhes (2) et promis 4 louis et demi de gage

le 26 mars – j’ai été 2 heures le matin et 2 heures l’après midi chez mr landerset qui a  fort avancé mon portrait.

mr de reinold est mort, madelaine est arrivée top tard il était déjà mort

le 27 mars – j’ai été le matin chez mr landerset

j’ai été voir madelaine

j’ai été promener après diné au tirage avec mde maillard et ma tante la vicomtesse

minette est allé avec belon et mr de villardin diner à valleried.

le 28 mars

le 29 mars

le 30 mars – la ferme de Seedorff a brulé

on a baptisé la fille de mde carla de pensier

1) Joseph Landerset, né vers le milieu du siècle dernier, est issu d’une famille patricienne de Fribourg distinguée par les emplois que plusieurs de ses membres ont remplis tant dans la magistrature qu’au service militaire. Lui-même a été colonel au service de la France.

Joseph Landerset avait montré dès sa plus tendre jeunesse un goût décidé pour la peinture ; il ne cessa jusqu’à sa mort de consacrer tous ses loisirs à cet art et devint un des peintres amateurs les plus agréables de son temps. Il peignait dans tous les genres ; il a fait quelques portraits d’une ressemblance frappante et d’un coloris précieux, entre autres celui du Landammann d’Affry ; il s’est même essayé, dit-on, avec quelque succès dans les tableaux d’histoire : mais son genre de prédilection paraît avoir été le paysage à l’huile et à la gouache. Il en a copié un nombre assez considérable de Vernet, de Berghem et d’autres maîtres, qui décorent aujourd’hui les salons de Fribourg, sa ville natale, et spécialement ceux de quelques-uns de ses descendants.

M. Landerset est mort le 4 février 1824.

 L.G. Etrennes fribourgeoises

Joseph Landerset est né le 9 février 1753 à Fribourg. En 1787 il épouse Thérèse Gérard originaire de Givet (Ardennes), fille du Général Gérard.

Source: http://www.diesbach.com/sghcf/l/landerset.html

2) Avance sur gage

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Joseph Landerset, le Petit-Paradis, huile sur toile

Joseph Landerset, Paysage, gouache

Souvenirs 1800 (12)

18 mars 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 17 mars – j’ai été voir Madelaine à Nierlet avec romain, mimi et jacinthe de reinold.

la garnison qui était un bataillon de la 27. légère est partie, c’est la garde bourgeoise qui recommence a monter la garde

il arrive un bataillon de la 27ème on la loge chez le bourgeois

le 18 mars – le bat. de  la 27ème fait séjour et il est payé de 3 decades

le 19 mars – le bat. de la 27ème est parti

le 20 mars

le 21 mars – j’ai reçu réponse de felicité limat qui ne peut venir

Ma tante m’a donné a distribuer des billets de loterie d’une paire de serin pour son domestique Charrière

le 22 mars – j’ai fait venir marianne guyot pour lui demander si elle veut servir, elle y consent et demandera avis à sa sœur.

le 23 mars – marianne me rapporte le consentement de sa sœur, je lui dis de venir un autre jour pour l’arrangement du gage

nous avons été à montorge avec belon, Walpourg, nanette fegeli, minette, constantin, joson fegeli et mr gasser

j’ai été chez Mde Maillardon, nous avons été à un thé chez mimi

Création d’une Garde bourgeoise

La commune devait ainsi faire face à des problèmes d’insécurité. Le 26 juin, “la Municipalité sentant le besoin d’organiser au plus tôt la Garde bourgeoise nomme le citoyen Lanther, ci-devant avoyer d’Estavayer, commandant et l’invite à présenter trois sujets pour la nomination de l’adjudant-major, et à s’occuper de suite de l’organisation de quelques compagnies, qui puissent être employées au besoin”. Seront nommés au grade d’adjudant-major Claude Sudan, Vil[l]ard l’aîné et Hyacinthe Techtermann. Chaque maison devait fournir un garde, hormis celles habitées uniquement par des femmes. Mais nombreux furent ceux qui tentèrent d’échapper à cette astreinte qui frappait surtout les personnes qui n’avaient pas les moyens financiers pour se faire remplacer. Chaque fois qu’un homme commandé pour la garde ne se présentait pas, il se voyait contraint de verser “six piécettes” à son remplaçant, sous peine d’être mis en arrestation. Tous les citoyens de 16 à 35 ans, astreints au service dans la Garde, ne le firent pas de bon cœur et il arriva au commandant de la place de se plaindre de “la nonchalance avec laquelle se fait le service de la Garde bourgeoise”. De même, la Municipalité voulut forcer les membres du Tribunal cantonal à servir. Ces derniers protestèrent auprès du Préfet national et en dernier ressort le Ministre de l’intérieur demanda “à la Municipalité de se désister de sa résolution au sujet du tribunal, dont il a trouvé les réclamations fondées et les fonctions peu compatibles avec le service militaire”. Le 16 juillet, le citoyen Gendre, apothicaire, fut exempté de service au motif “que sa maison à la Motta est trop écartée pour jouir de la protection et de la sûreté que procure la garde, que par conséquent le seul homme qui l’habite ne peut monter la garde, étant obligé de rester chez lui pour se garder lui-même”.

Alain-Jacques Tornare: Fribourg, il y a deux cents ans (extrait) – Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité 1800

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Couvent de Montorge

Hôtel Central

14 mars 2012

L’hôtel Central se trouvait à la rue des Epouses 69 (actuellement N°7). En 1913 cet établissement était tenu par un certain Pierre Grossrieder et l’immeuble appartenait aux Fonds de l’Université de Fribourg. Au dessus des fenêtres du premier étage l’emplacement des lettres de l’enseigne est encore visible. C’est tout ce qui reste de cet hôtel. La belle devanture de bois a malheureusement disparu pour laisser la place à une vitrine “moderne” sans âme. Dommage!

Selon le livre d’adresses de Fribourg datant de 1913 que nous avons pu consulter grâce aux Archives de la ville de Fribourg, il y avait 30 établissements publics dans le quartier du Bourg (sans la rue de Lausanne). En plus des enseignes qui existent toujours, il y avait notamment une auberge des Bouchers, un café de l’Helvétia, un café des Ponts et un café de la Bavaroise à la rue du Pont-Suspendu. A noter également le café Winkelried à la Grand-Rue et le café des Tisserands de Draps et celui de la Consommation à la rue des Alpes.

Central, rue des Epouses

Souvenirs 1800 (11)

11 mars 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 10 mars – papa a pris une médecine, on a entendu le canon tout le jour, on croit que c’est à neuchatel pour le serment de fidélité que les habitants ont porté au roi. (1)

on annonce à 9h du soir par une proclamation qu’il arrivera un escadron d’hussards (2) pendant la nuit et il n’est venu personne

le 11 mars – le prefet est venu voir papa qui n’est pas mieux.

mimi a diné ici elle y a soupé aussi avec Charles

on fait une réquisition de 59 chars à trois chevaux pris sur les 3 districts de Fribourg, Schmitten et la Roche, jevisy (3) en fourni deux que la commune loue à des voituriers en ville, et qui coutent 7 ecus neufs par jour, ils sont destinés dit on, a aller chercher des avoines à pontarlier et les amener de suite à l’armée.

l’escadron d’hussards est arrivé à 2h. après midi, il est du 5ème et ils ont le doleman blanc (4)

le 12 mars – papa a pris une médécine dans laquelle est un grain d’emetique. (5)

on attend tout le jour les chars de requisition, ils arrivent en partie, on envoye des hussards dans les communes qui n’ont pas encore obéi a la ditte requisition

le 13 mars – tous les chars déjà arrivés partent pour pontarlier chercher de l’avoine, ils emportent avec eux du foin pour quinze jours, les derniers chars arrivent

on a jugé et absout jobart au tribunal du canton, il est remis en liberté

on fait l’anniversaire du petit verro

papa est mieux le prefet est venu le voir

guillaume est parti pour Cugé (6) avec louis, colin de Seedorf, ignace buman et colin de fuyens

le 14 mars – les hussards blancs partent

papa est bien

le 15 mars – j’ai acheté une perruque blonde

le 16 mars – j’ai été à la poya.

nous avons été à la promenade ou il y avait beaucoup de monde

1) A cette époque Neuchâtel est une principauté et a comme suzerain le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III

2) Hussard (du hongrois husz; pr houss, vingt, et ar, prix, solde.

Soldat des corps de cavalerie légère dont l’uniforme ressemble à celui de la cavalerie hongroise. Ils furent établis en France sous Louis XIV. L’habillement de cette troupe est élégant et lèger; leurs chevaux sont de petite taille; leurs armes consistent en un sabre, une carabine et une paire de pistolets. Le shako, la sabretache, le dolman d’un hussard.

Dictionnaire National 1855

3) Givisiez où la famille d’Affry possède un château

4) Sorte de veste que portent les hussards, lorsqu’ils sont en grand costume, et qu’ils placent sur l’épaule gauche. Les Hongrois qui avaient emprunté cet habillement des Turcs, l’importèrent en France lorsqu’ils vinrent servir Louis XIV.

Dictionnaire National 1855

5) Le tartrate de potasse et d’antimoine, qui a la vertu vomitive.

6) Cugy, baillage de Fribourg, la famille Reyff y possédait deux châteaux qui existent encore. (Source: commune de Cugy)

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Neuchâtel vers 1820

Neuchâtel vers 1820

Carte routière1800

Carte routière 1800

Hussard 1800

Hussard 1800

Cugy, église et château

Cugy, église et château

Souvenirs 1800 (10)

4 mars 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 27 février – je suis très enrhumée

Cecile preux est arrivée chez la Marquise

le 28 février – j’ai reçu un paquet de18 Schalhs.

le 1er mars – on a volé dans la nuit à Gönniges de morat la valeur de 100 louis, en montres

le 2 mars – on a débité une loterie pour Mde Dorsai, j’ai pris deux billets

le 3 mars – Mr jaquier qui était à cheval avec plusieurs jeunes gens, est tombé et s’est fait assez de mal.

j’ai passé la matinée avec mimi et josephine Larté.

le 4 mars – on a amené ici des effets volés, saisis à Cheter (1)

papa est très enrhumé

le 5 mars – on a amené des voleurs en ville, pris à môrat

papa est mieux

le 6 mars – le rhume de papa augmente

on a amené des voleurs pris à cheter, j’ai diné chez Mde Boccard

le général Chabert (2) est arrivé pour passer en revue la garnison d’ici. il loge chez Mr de Villardin, et sur la demande du commanant mes parens le reçoivent à la soirée ici ou il est venu avec sa femme le comm de la place Vaillant, le C Desay chef de la 27ème légère et le C Derbés chef de bataillon de la même demi brigade

après leur sortie belon et constantin on soupé ici

la femme du gal Chabert est fort jolie

le 7 mars – le gal Chabert est reparti pour iverdon ou est son quartier général

le rhume de papa est plus fort

le 8 mars – j’ai été chez nanette qui était malade avec mimi

papa est toujours bien enrhumé

le 9 mars – papa a consulté le prefet, je l’ai consulté aussi pour me guerir les gencives qui saignent toujours surtout la nuit, il m’a indiqué de prendre une médecine et de me rincer au moins deux fois par jour la bouche avec de l’eau dans laquelle j’aurai mis de l’Esprit de cochlearia (3)

j’ai été chercher ma tante Diesbach après diné, elle a fait un lotto avec nous. mimi a diné ici

1) Il s’agit de Chiètres/Kerzers

2) Le général Théodore Chabert: http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odore_Chabert

Malheureusement nous n’avons pas trouvé le portrait de Madame Chabert qui est fort jolie

3) “Le suc & l’esprit de cochléaria, mais sur-tout le dernier, sont fort usités extérieurement dans le traitement des ulceres scorbutiques, dans les gonflemens sanguinolens des gencives, dans leur inflammation, leur exulcération, lorsque les dents tremblent, &c. On lave aussi les taches de scorbut avec le suc ou avec l’esprit de cette plante : on peut appliquer dessus la plante pilée avec un égal succès.”

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

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Le général Théodore Chabert

Colcheria officinalis - Cranson officinal

Souvenirs 1800 (9)

26 février 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 17 février – revue des grenadiers

le 18 février – le commandant et Mr Savary ont passés l’après soupé ici.

le 19 février – on a fait un porteplat chez Mde forstier, nous avons dansé jusqu’à huit heures on a soupé, et on a recommencé a danser après, la garde est arrivée, le commandant qui était avec nous l’a renvoyé, on a continué a danser nous sommes partis à 11 heures et les autres à minuit

le Chanoine Uffleguer jouait du violon (1)

le 20 février – on a fini le portrait de Walpourg

le 21 février – Mr Savary a passé l’après soupé ici

le 22 février – on a fait payer a Mde forestier l’amende, pour avoir laissé danser chez elle passé huit heures.

j’ai été chez ma tante Fegely, mon oncle Steinbrugg, Nicolas Fegely et Mr de Seedorff ont dinés ici

le 23 février – la 46ème 1/2 brigade est arrivée ici, allant de berne à vevei, on ne l’avait pas annoncée (3)

nous avons fait le menu du reveillon (2)

le 24 février – la 46ème est partie (3)

grand embarras pour trouver une salle de danse, finalement on accepte celle que Mlle de bionnens avait proposée et charles va remercier en refusant celle de Mr Wild

il y a un porteplat chez Mde de berlens, après diné, constantin est venu nous chercher avec Walpourg et ninette et nous avons été passer la soirée et souper avec ceux qui avait fait le porteplat, nous avons été fort gay.

le 25 février – la 46ème est revenue (3)

on a dansé dans tous les quartiers de la ville, notre Société a dansé chez Mlle Bionnens avec musique de berne, nous avons dansé depuis 4 jusqu’à neuf heures, de la nous avons été chez mimi ou était notre reveillon en porteplat, nous avons veillé seulement jusqu’à onze heures.

on a jugé jobart, et condamné à deux ans de détention.

le 26 février – Mr tavel a diné ici, la 46ème est repartie pour berne. (3)

nous avons été aux cendres à St Nicolas. (4)

1) Pierre-Balthasar Uffleger de Fribourg est nommé chanoine en 1791 et déposé en 1792.

“L’abbé Pierre Balthasar Uffleger, ci-devant chanoine de St. Nicolas, puis de Notre-Dame, à Fribourg étant pour sa mauvaise conduite sous curatelle depuis 1792, mais errant continuellement hors de son domicile depuis plusieurs années; la municipalité de Fribourg, par arrêté du 18 décembre 1802, a jugé qu’il étoit nécessaire de faire connoître son interdiction par la voie des gazettes, afin de prévenir dans l’étranger les contrats illégaux qu’il pourroit faire.”

Journal Helvétique, Mardi 4 Janvier 1803

2) Il s’agit du réveillon de Carnaval

3) “Cessez ce va-et-vient ridicule!” De tout temps, les stratèges militaires sont d’une efficacité redoutable.

4) Le mercredi des Cendres marque la fin du Carnaval et l’entrée en Carême. Durant la cérémonie, des cendres sont déposées sur le front des fidèles.

Maison d'Affry Fribourg - détail de décor du salon

Fribourg vers 1820

Souvenirs 1800 (8)

19 février 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 10 février – j’ai été me promener au tirage (1) avec papa et minette.

le 11 février – Locher (3) a commencé ici, le portrait de Walpourg.(2)

le petit Boccard est bien son accident n’aura pas de suites.

on fait un encan (4) des meubles de Mr Vonderweidt.

le 12 février – il y a eu a belfaux une partie de traineaux de Mesdames D’épinai, Seedorff et Schaller.

le 13 février – j’ai été voir madame Carlo.

le 14 février – j’ai été chez Mlles Schaller et chez Mde Maillard

Diné chez les cordeliers ou etait le Commandant.

le 15 février – j’ai ecrit pour ma tante Diesbach, j’ai été chez Mde forestier

le 16 février – j’ai ecrit a Sophie et a Montansier

1) Le tirage est le stand de tir aux Grands-Places

2) Marie Valpurg de Maillardoz, baptisée à Fribourg le 18 août 1778. Elle épouse le 20 octobre 1799 à Fribourg François Nicolas Joseph Bruno Fégely, dit Joson, (13.10.1760 – 19.09.1841). Ils habitent la maison Fégely à la Place Notre-Dame (la maison des trois cheminées).  Source: http://www.diesbach.com

3) Emmanuel Locher, fils de Gottfried, né à Fribourg vers l’année 1765, a hérité d’une partie du talent de son père et a peint, comme lui, des portraits, surtout en miniature, d’une vérité frappante et d’un coloris bien entendu, ainsi que des tableaux d’autel, parmi lesquels nous citerons le St-Charles de l’église des RR. PP. Cordeliers, peint en 1811.

Cependant Emmanuel Locher s’est particulièrement distingué par ses paysages, ses scènes champêtres et ses costumes suisses dont il gravait les contours et qu’il peignait ensuite à l’aquarelle: qui ne connaît, par exemple, ses Trois Grâces de Guggisberg?** Fixé à Bâle dès l’année 1813, cet artiste doit y être mort peu d’années après.

Voilà tout ce que nous avons pu apprendre de plus ou moins positif sur la carrière d’Emmanuel Locher. Nous sommes encore moins renseigné à l’égard de son frère François. Nous lisons seulement dans le protocole de la confrérie de St-Luc, séance du 18 septembre 1796:”Les frères François et Emmanuel Locher, fils de Gottfried, viennent reconnaître le droit de leur père et sont reçus confrères pour 15 batz et un pot de vin.”

Au dire de M. Kessler, un Locher, peintre qui peignait dans tous les genres et avait presque toujours vécu à Bâle, serait mort à l’hôpital de Fribourg vers 1830…

Nouvelles Étrennes Fribourgeoises 1878 (pages 40/41)

** ou “La belle batelière de Brienz”. Un autre “tube” de l’époque. L’attribution d’une œuvre à l’un ou l’autre Locher (Gottfried le père ou Emmanuel et François les fils) n’est pas certaine. En principe elles sont signée “Locher”.

4) Vente publique à l’enchère

La maison Fégely, Place Notre-Dame

La maison Fégely, Place Notre-Dame

Emmanuel Locher - Les Trois Grâces de Guggisberg

Emmanuel Locher - La belle batelière de Brienz

Souvenirs 1800 (7)

12 février 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 3 février – après avoir dejeune chez Mdme de Berlens, nous sommes partis pour Berne a neuf heures, papa, Mr et Mde fegeli, joson, albert, ninette, Belon, Consatantin, Mr de Villardin, minette, guillaume et moi

arrives a Singine (1) on a mangé un morceau vers les midi, à trois heures arrivés a Berne nous avons descendu au faucon, diné a la table d’hôte

après le diné nous nous sommes promenés a la platte forme (2), de la chez les Kirchberg (3) et chez Mr Savary, nous avons pris le thé chez les Kirchberg – nous sommes ensuite revenus au faucon ou nous avons soupé a table d’hôte, il y avait beaucoup de monde, entre autres le C. quatremere, adjudant general du general moreau (4), qui nous a longtemps conté des merveilles des araignées, et nous a fort amusé. minette, ninette, Belon et moi avons logés ensemble – minette et moi avons fait peur a nos compagnes, qui tremblaient d’inquietudes des assassins et c.

le 4 février – nous avons dejeuné chez Mr Savary, dela nous avons été voir Sophie qui est venue avec nous tous, et Mde Savary mlle marie girard et Colin Savary, voir le grand Conseil et le Senat, ensuite promener a la platte forme, et de la diner tous ensemble et mr Savary et mr girard cordelier (5) au faucon en chambre particuliere. après diné nous avons été voir l’hotel de Musique, celui de la monnaye, la maison des orphelins, la halle au Blés (Kornhaus) et c.  – passer la soirée chez les Kirchberrg ensuite revenir souper a table d’hôte au faucon, il y avait du monde et toujours Mr quatremere, que nous avons ecouté fort tard

le 5 février – nous avons eu la visite de Mr Savary de bonne heure – Belon et Walpourg l’ont consulté – après dejeuné nous avons été chez Mdme Savary et chez les Kirchberg – nous avons dela été dans les boutiques, Sophie et marianne sont revenues à l’auberge avec nous, nous en sommes parties à midi, arrivés à trois heures a la Singine nous y avons diné, et nous avons été de retour à fribourg a sept heures.

le 6 février – on a arreté jobart et un homme qui avait échappé a ses conducteurs qui l’amenait les poings liés, de morât a fribourg

il arrive du valais des troupes fribourgeoises au nombre de deux cent.

le 7 février – les fribourgeois qu’on voulait renvoyer chez eux sans être payés, refusent de partir si on ne leur paye au moins une partie de ce qu’on leur doit, on finit par leur payer six francs, et les desarmer, ensuite ils sont partis.

le 8 février – j’ai acheté d’un passant 7 Schalhes à 6 pièce.

on a enterré mr buman de bertignie.

le 9 février – on a organisé une compagnie de grenadiers de la garde Nationale, mes frères en sont

le petit hubert Boccard est tombé et s’est mordu la langue en tombant, il en a partagé une partie, et il ne pouvait ni manger ni parler.

1) Passage sur la Singine à Neuenegg (Neuenek, voir l’extrait de la “Nouvelle Carte Hydrographique et Routière de la Suisse, Levée et executée par J. H. Weiss, Ingenieur Geographe à l’Etat Major Général de l’Armée du Rhin”)

2) La plateforme à côté de la Cathédrale qui surplombe l’Aar avec une vue sur les Alpes bernoises (voir le plan de Berne ci-après)

3) Il s’agit certainement des “Kirchberger”, famille aristocratique de Berne.

4) Jean Victor Marie Moreau (1763 – 1813), général français de la Révolution. En 1800 il commande l’armée du Rhin.

5) En 1800 le Père Grégoire Girard (1765 – 1850) est curé de Berne. C’était la première fois depuis la réformation, qu’un prêtre catholique était officiellement installé dans cette place. (Ernest Naville, Notice biographique sur le père Girard de Fribourg, 1850).

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Carte routière de 1800 (extrait)

Berne en 1835

Plan de la ville de Berne en 1800

Grégoire Girard

Souvenirs 1800 (6)

5 février 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 27 janvier – on a fait a St Nicolas un service solennel pour le papa pie 6. (1) l’évêque a officié, il y a eu un long panégyrique, l’office n’a fini qu’après midi

le soir on a allumé tous les cierges qui etait autour du catafalque, qui etait fort beau.

le 28 janvier – Mr de Marés a donné un très beau et bon gouté soupatoire nous y avons été, on y a dansé jusqu’à minuit a dix heures la garde est arrivée pour faire finir la danse, mais le commandant Vaillant l’a renvoyée, et on a continué, le commandant avait fait venir la musique de la 27ème demi brigade, pendant le soupé, pendant le quel elle a toujours fort bien joué, après elle a joué des Walses que nous avons dansé

un militaire a donné un coup de sabre a ignace Maillardon.

le 29 janvier –

le 30 janvier – il y a eu un bal de la Société des Dmlles Buman.

nous avons été faire une visite chez Mme forestier.

le 31 janvier – trois compagnies de la garnison sont parties pour lausanne

le Bon (bataillon) de la 27ème qui était allé dans les paroisses de Marliez et c. revient en ville.

on met a jaquemar deux filles de la roche, qui avaient suivi des soldats.

le 1er février – le Bataillon qui est venu hier, repart pour aller du coté d’avenche

on enterre l’administrateur Kolly mort d’une fievre epidemique

le 2 février – on arrange une partie pour Berne

1) Le pape Pie VI que l’on appelait il Papa bello est fait prisonnier en juin 1798. Incarcéré par la République française à Valence (F), il meurt le 29 août 1799 à l’age de 82 ans. Au moment de sa mort, une commémoration n’est tout simplement pas envisageable. Le coup d’État du 7 janvier 1800 rend cette cérémonie possible.

Pie VI (Pompeo Batoni)

Soldat français 1789

Souvenirs 1800 (5)

29 janvier 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 20 janvier – j’ai été voir l’avoyère

Mr de Berlens a été ici, pour faire ses adieux.

le 21 janvier – on a enterré l’avoyer

Mr Tavel de payerne a soupé ici

le 22 janvier – il y a eu bal a la maison de ma tante fegely, aux hopitaux derrières (1) – on y a soupé – nous y avons été et nous sommes rentrées a onze heures – Mrs de Villardin et joseph Diesbach, nous y ont conduites minette et moi. Mr de berlens est parti pour Dresde.

le 23 janvier – mr. bonjour a diné ici ainsi que mimi, Charles et mr louis d’epinai – il y a eu un concert aux merciers (2) donné par un passant, – il a été detestable, il n’y avait que des hommes, deux seules femmes y ont été.

le 24 janvier – un bataillon de la 27eme est parti d’ici, pour les paroisses de Marliez, ependes, etc

le 25 janvier – Mlle bonjour, les mlles d’épinai, Belon mimi et nanette ont passées la soirée ici – Laurette est malade

on publie un ordre de la municipalité de ne pas danser les dimanches et jamais après huit heures. (3)

le 26 janvier – il devait y avoir une partie de danse chez mde forestier – on avait grace  au Commandant Vaillant qui l’avait demandée la permission de la municipalité de danser quoique ce fut dimanche (4), mais craignant que cela fit mauvais effet et a cause du Service du pape qu’on annonce dès aujourd’hui par le son de toutes les cloches on a remis la partie au 28.

1) Hôpitaux derrières: c’est l’actuelle rue des Alpes (la route des Alpes construite de 1902-1908 n’existait pas encore)

2) Merciers: Hôtel situé en face de la Cathédrale (voir photo)

3) “Considérant, que les anciennes lois et règlements de police restent en vigueur tant qu’ils ne sont pas abrogés par une nouvelle loi; que les conseils législatifs n’ont rien statué encore sur la police des danses; que les excès, qui ont lieu à ce sujet depuis quelques temps sont contraires au bon ordre, détruisant toute moralité et entrainent une impunité d’abus, que doit réprimer la police: Résolu 1° De mettre en exécution ponctuelle les règlements de 1742, 1772 et 1780 pour autant qu’ils concernent la danse. En conséquence il est défendu de danser les fêtes et Dimanches tant dans les maisons particulières que publiques. Sous quel prétexte que ce soit: il est de même défendu de danser plus tard que huit heures du soir, tant dans les auberges que les maisons particulières. 2° tout aubergiste ou propriétaire qui aura laissé contrevenir dans sa maison aux présents règlements, sera mis en arrestation, et y restera jusqu’à ce qu’il ait acquitté l’amende fixée par la loi, tant pour lui que pour les Danseurs et Musiciens. 3° La présente résolution sera publiée dans toutes les rues, et affiché près de la maison commune.”

Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité du 25 janvier 1800 (voir copie de l’original)

4) L’encre du règlement a peine séchée, la Municipalité fait déjà une exception pour la “bonne” société.

Une page manuscrite du journal de Elisabeth d'Affry

Hôtel des Merciers, Fribourg

Protocole de la Municipalité de Fribourg du 25 août 1800 (extrait) AVF


Souvenirs 1800 (4)

22 janvier 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 13 janvier – Mme de berlens est venue ici, ainsi que Mr son fils

il y a eu un porteplat (1) chez Mr de Seedorff nous avons été et on y a dansé jusqu’à dix heures

le 14 janvier – le Conseiller Diesbach est venu ici

le 15 janvier – Ninette, Mde boccard, et ma tante fegely ont été ici

le C. Vaillant reprend le commandement de la place.

le 16 janvier – le C. Rifflet est parti pour bade

le C. Vaillant a diné ici avec Mr Herrenschwand le major, ma tante et joseph.

le 17 janvier – Charles Jutz et joseph Reding sont arrivés ici

le 18 janvier – mr gottrau l’avoyer (2) de môrat est fort mal.

le 19 janvier – Walpourg m’a donné une fort jolie bague. L’avoyer est mort.

1) Le “porteplat” était vraisemblablement ce que nous appelons aujourd’hui`hui un repas “canadien”

2) L’avoyer était à la tête d’un état ou d’une ville (bourgmestre ou syndic)

Morat durant la Révolution
La Révolution française inaugura, dans le région de Morat aussi, une ère nouvelle. Après la prise de Fribourg en 1798, Berne voulut faire front à l’armée révolutionnaire française à Morat. Mais quelle ne fut pas la déception des Moratois de voir les troupes bernoises se retirer sans combattre, laissant la ville aux mains de l’assaillant. Par la suite, différentes armées se succédèrent dans la ville et de nombreux bourgeois furent faits prisonniers. Morat perdit ses anciens droits et en 1803, durant la Médiation, elle fut attribuée contre sa volonté – sans doute sur les conseils du landamman Louis d’Affry – à Fribourg. Les décennies de lutte contre le régime patricien et clérical fribourgeois qui s’ensuivirent éveillèrent parmi les Moratois d’opinion radicale des forces nouvelles.

Source: Commune de Morat, histoire

Fribourg en 1800

Les rues n’étaient pas toujours si sûres la nuit. Le 25 janvier 1800, la Municipalité interdit l’usage des “mèches allumées dont se servent plusieurs personnes pour parcourir les rues la nuit” lesquelles  n’atteignent point le but proposé et doivent plutôt être envisagées comme dangereuses”. Elle ordonna par la même occasion que “personne après 9 heures du soir ne doit sortir sans être muni d’une chandelle ou lampe allumée portée de manière à être aperçue, sous peine d’être arrêté et conduit au corps de garde”. Il est vrai que quelques jours auparavant, quelques citoyens probablement en goguette avait menacé en pleine nuit la citoyenne qui habitait le rez de chaussée de l’abbaye des cordonniers de bouter le feu au moyen d’une mèche allumée “à des allumettes qu’elle tient en vente contre les fenêtres”. Une punition exemplaire sera réclamée contre ces trublions immédiatement incarcérés. Les jeunes qui se risquait à commettre des déprédations encouraient des châtiments corporels particulièrement humiliants comme en ce mois de janvier 1800 lorsqu’un dizaine de jeunes gens de cette communes allèrent “détruire et dévaster des haies hors de la porte de Romont dont ils ont ensuite brûlé le bois sur les Grand places”. Le lieutenant de Préfet fut invité “à les faire fouetter à l’hôpital d’après l’usage suivi instamment dans la commune”.

Alain-Jacques Tornare: Fribourg, il y a deux cents ans (extraits)Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité 1800

Morat vers 1780

Paysans de Morat - Locher

Fribourg vers 1780

Souvenirs 1800 (3)

15 janvier 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 6 janvier – Mme du pensier est morte

Guillaume est parti pour berne

le 7 janvier – Desbieux le mari de ma nourrice est venu me voir et m’a amené sa fille à qui j’ai donné un mouchoir

le 8 janvier – on a enterré Mme du pensier aux Cordeliers

on a appris le matin de bonne heure par le Commandant Rifflet les evenemens de la veille à berne la destitution du Directoire (1) Guillaume en est revenu, l’après diné j’ai ecrit a Euphrosine

on a doublé la garde des portes, on arrete a la porte de berne tous les etrangers qu’on conduit au commandant Rifflet.

Le major est parti pour berne.

le 9 janvier – j’ai passé l’apres diné chez Laurette qui est malade.

le 10 janvier – on a passé la revue de la 27ème 1/2 brigade légère, qui est en garnison ici, et de la 5ème auxiliaire, qui est cantonnée dans les environs (4)

Laurette va bien

Marianne de torné a soupé avec nous,  j’ai été voir madelaine. (2)

le 11 janvier – le Major est revenu de berne.

Nanette a soupé ici

j’ai fait de la pâte d’amandes pour julie, minette, mimi et Walpourg.

le 12 janvier – j’ai été chez Mme de Berlens.

Vaillant est revenu de môrat pour commander à fribourg.

un prisonnier français qu’on voulait conduire au quartier general, s’est poignardé à jaquemar. (3)

Mme Philippe buman  est accouchée d’un garçon. Dont Mme buman et Mr Fiwaz père et mère ont été parrain.

j’ai parlé à mes sœurs et à Guillaume.

1) Lors du coup d’État du 7 janvier 1800, le fribourgeois François-Pierre Savary et le soleurois Urs Viktor Oberlin chassent les unitaires Frédéric-César de La Harpe et Louis Secretan du gouvernement central de la République helvétique. Savary (1750-1821), beau-frère de Grégoire Girard,  entrera au Sénat en 1801, sera Syndic de Fribourg (1809-1821) et député au Grand Conseil (1814-1821).

source: Dictionnaire historique de la Suisse

Suite au coup d’Etat du 7 janvier 1800 qui vit le renversement du Directoire exécutif par le Corps législatif, la Municipalité prit rapidement la mesure de l’événement: “Comme des changements aussi majeurs ne peuvent s’opérer sans froissement d’intérêts particuliers il invite à donner à ce décret (de dissolution) la plus grande et la plus prompte publicité, et à requérir le commandant de la garde bourgeoise d’organiser en cas du départ imprévu de la garnison française une force suffisante pour contenir les agitateurs”. Comme l’a écrit Marius Michaud ce coup d’Etat permit “aux républicains réformistes, représentants de la bourgeoisie libérale des villes, de renverser les patriotes”. Le 17 janvier, la Municipalité décréta l’envoi d’une adresse aux Corps législatifs au sujet de la “révolution du 7 janvier”. Le 11 février, la Municipalité recommande au commandant de la place de prendre les mesures nécessaires afin d’empêcher la “conspiration contre la sûreté publique” dont le commandant l’a prévenu.

4) Le pouvoir tenait essentiellement par la présence militaire française, laquelle posait de lourds problèmes d’intendance et grevait les budgets déjà si minces des autorités. Le 14 janvier 1800 trois soldats de la 27e demie brigade furent arrêtés pour le vol perpétré dix jours plus tôt dans la boutique de Nicolas Peter, fabricant de bas sous les arcades.

Alain-Jacques Tornare: Fribourg, il y a deux cents ans (extraits) – Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité 1800

2) Il s’agit certainement de Madeleine d’Affry (1739-1822), soeur de Louis d’Affry et épouse de François de Diesbach Torny.

3) Le Jaquemard était situé sur le haut de la rue de Lausanne. Cette porte est mentionnée dès 1290 et la tour dès 1411. Elle servait de prison jusqu’en 1848 et fut détruite en 1853 pour des raisons de salubrité, de circulation et d’esthétique.

source: Marcel Strub, Les monuments d’art et d’histoire du canton de Fribourg

Merci à Madame Donatienne Berset, encadreuse, pour le prêt de la magnifique gravure du Jaquemard.

François-Pierre Savary

Le Jaquemard

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Souvenirs 1800 (2)

8 janvier 2012

La jeune habitante du quartier du Bourg a 25 ans et s’appelle Marie Anne Elisabeth Françoise d’Affry, fille de Louis-Auguste-Philippe d’Affry et de Marie-Anne-Consantine de Diesbach-Steinbrugg. Elle est la troisième d’une fratrie de 5 enfants.

Souvenirs 1800

le 1er janvier – j’ai été me confesser au père Matse aux jesuites, communier et déjeuner chez Nanette, papa (1) m’a donné un louis d’Etrennes.

il arrive deux bataillons incomplets de la 27ème légère on les caserne aux ursulles. (2)

le 2 janvier – mes frères (3) et compagnie sont revenus de payerne

le 3 janvier – j’ai fait de la pâte d’amandes ala reine qui a bien reussi, j’ai partagé avec nanette (4)

le 4 janvier – la foire, le marchand Bettin, sa femme et leur fille agée de 10 ans, meurent de la Vapeur du Charbon (5)

il en arrive chez Mme de Berlens un petit garçon et une petite fille des hermites, dont elle se charge

j’ai acheté du fermier de pré une robe de satin broché (6), pour donner a l’Eglise de pollies petit. elle m’a couté 36

le 5 janvier – le prefet a diné avec nous

(1) Louis d’Affry  http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F5798.php

(2) Couvent des Ursulines. Couvent fermé en 1798 sur ordre des nouvelles autorités. A la suite d’un incendie allumé le 8 mai par des soldats français cantonnés dans la maison, l’édifice dut être restauré. (Les monuments d’art et d’histoire du canton de Fribourg, Marcel Strub)

(3) Charles Philippe d’Affry et son épouse Marie Adélaïde Philippine Dorothée de Diesbach Belleroche dite Mimi ainsi que Guillaume d’Affry. Depuis 1798, Charles d’Affry est “lieutenant de président” et Guillaume “adjoint au comité des logements”, deux fonctions en relation avec l’occupant français.

(4) Nanette: Marie de Castella de Berlens, future épouse de Guillaume d’Affry

(5) …Ces infortunés sont obligés, dans les rigueurs de l’hiver, de faire du feu au milieu de leurs chambres ; et le toit n’est pas percé, comme chez les sauvages. Il arrive souvent qu’ils sont surpris, eux et leurs enfants, et suffoqués par la vapeur du charbon. Personne n’est à l’abri de ces accidents imprévus ; car le voisinage d’un pauvre suffit pour tuer un riche. On dirait que l’un se venge de l’autre. Un médecin habile pense qu’en ce cas-là, l’usage trop répandu de l’alkali-volatil-fluor devient dangereux, et que dans cette espèce d’asphyxie il y a un excès de chaleur dans la tête ; que par conséquent il serait funeste d’irriter encore cette partie du corps et d’y déterminer une plus grande quantité de chaleur. (Noyades et asphyxies – D’après Tableau de Paris, par Louis-Sébastien Mercier, paru en 1782)

(6) Brocher (le) Manufacture en soie, or & argent; c’est l’art de nuancer des objets de plusieurs couleurs sur une étoffe, quelle qu’elle soit, ou d’en enrichir le fond de dorure, de clinquant, de chenille, de fil d’argent, de cannetille, etc… (Encyclopédie Diderot-d’Alembert)

Source concernant la famille d’Affry: Louis d’Affry de Georges Andrey et Alain-Jacques Czouz-Tornare, Slatkine 2003

Louis d'Affry

louis d'or

Fribourg vers 1780

Payerne vers 1780

Souvenirs 1800 (1)

2 janvier 2012

Nous sommes le 1er janvier 1800. Les temps sont incertains. En France, Napoléon a pris le pouvoir. La République helvétique est occupée par l’armée française et les différents courants politiques du pays s’affrontent. D’un côté les “uniates”, partisans d’un état centralisé, de l’autre les “fédéralistes” ou réformateurs modérés et en embuscade les adeptes de l’Ancien Régime. Cette période “bancale”, parsemée de coups d’état et de revirements spectaculaires durera jusqu’en 1848.  (Toute ressemblance avec des événements récents au sud de la Méditerranée est tout à fait fortuite).

Dans une maison patricienne du quartier du Bourg, une jeune femme est assise à son secrétaire. Un chandelier illumine la pièce et le feu crépite dans la cheminée. La femme tient dans ses mains un petit livre. Après avoir brièvement caressé la reliure en cuir, elle ouvre le livre à la première page, trempe la plume dans l’encrier et écrit les premiers souvenirs de la nouvelle année. Après avoir relu son inscription, elle sèche soigneusement l’encre au moyen d’un papier buvard, ferme le petit livre et le range dans un tiroir du secrétaire. Elle se lève et regarde par la fenêtre les toits du couvent des Cordeliers tout proche. Elle ignore que l’année qui vient de débuter sera la plus dramatique de sa vie.

Grâce à la découverte d’un journal intime ou plutôt d’un diaire manuscrit chez le brocanteur Alain Hunziker, le blog du Bourg vous présentera ces souvenirs des premiers mois de l’année 1800 sous forme de feuilleton hebdomadaire. Feuilleton que nous allons illustrer, dans la mesure du possible, avec des documents d’époque.

A l’époque de son séjour à Fribourg, Balthus est déjà un peintre reconnu. Il est l’ami d’Artaud, de Giacometti, de Cassandre ou Marie Laure de Noailles. Il a 30 ans et ses portraits de Derain et Miro sont entrés au Musée d’Art moderne de New York. Dans son atelier à la place Notre-Dame il peint notamment “Les Beaux Jours”, “La Patience”, “Le Gottéron” ainsi que plusieurs portraits et des vues des bords de la Sarine du côté des Neigles. En 1943 il contacte la galerie Moos de Genève dans le but d’organiser un exposition. Cette exposition d’une douzaine de toiles ouvre le 6 novembre de la même année.

“J’ai travaillé tout l’été sans mettre le nez dehors et le temps a filé comme un rêve. J’en suis à la période où les progrès de l’esprit donnent des résultats négatifs, c. à d. que j’ai longuement bafouillé et raté pas mal de choses, mais pour finir j’ai sorti un grand tableau qui, je crois, est très beau. Ça représente une jeune fille penchée sur une table à jeu, en train de faire une patience (c’est aussi une façon de dire que la mienne est à bout). Le personnage est grandeur nature. J’espère que je pourrai te faire parvenir des photos des derniers tableaux. A présent je suis vidé et mort de fatigue. Il faut que j’aille à Genève tout à l’heure, la plus grande partie de mes tableaux est déjà là-bas.” (Balthus, 6 octobre 1943, lettre à Baladin)

Source: CORRESPONDANCE INEDITE DE BALTHUS, Thadée Klossowski de Rola

Fondation Balthus: http://www.fonds-balthus.com/

Le blog du Bourg remercie chaleureusement Monsieur Thadée Klossowski de Rola et Monsieur Alexandre Emerey pour leur aide.

Balthus, La Patience

Balthus, La Patience

Balthus, Le Gottéron

Balthus, Le Gottéron

Je vois les adolescentes comme un symbole. Je ne pourrai jamais peindre une femme. La beauté de l’adolescente est plus intéressante. L’adolescente incarne l’avenir, l’être avant qu’il ne se transforme en beauté parfaite. Une femme a déjà trouvé sa place dans le monde, une adolescente, non. Le corps d’une femme est déjà complet. Le mystère a disparu.” (Balthus)

A Fribourg Balthus bénéficie de la générosité du baron Louis de Chollet qui habite au Guintzet et a deux filles. C’est lors d’une visite chez Chollet que Balthus remarque Odile Emery (née Bugnon) une voisine de 14 ans et amie des filles de la maison. Il lui demande de poser dans son atelier. C’est ainsi que la jeune Odile devient le modèle pour le tableau “Les Beaux Jours*, l’un des nombreux chef-d’œuvres de Balthus.

“Et je suis allée deux ou trois jeudis de suite chez lui, place Notre-Dame. Une première fois avec la gouvernante de Chollet. Et puis après, seule. Cela m’ennuyait, vous ne pouvez pas vous imaginer. Cela m’ennuyait parce qu’il ne fallait pas bouger, et lui n’était pas causant du tout. Très sobre et très mystérieux. C’était un monsieur qui m’impressionnait énormément. Il était très noiraud, avec des yeux très sombres. C’était un monsieur plutôt renfermé. En tout cas, c’est comme ça que je le voyais à l’époque.” (Odile Emery, extrait d’un entretien avec Frédéric Wandelère, vers 1990)

Odile Emery ne reverra plus jamais le peintre Balthus. Par contre elle reverra  l’oeuvre dont elle est le personnage central à l’occasion de l’exposition Balthus à la Fondation Giannada en 2008.

Balthus. les Beaux Jours

Balthus. les Beaux Jours

Odile Emery devant le tableau

Odile Emery devant le tableau

Balthus, Louis Chollet et ses filles

Balthus, Louis Chollet et ses filles

De 1942 à 1945 le peintre Balthus a séjourné à Fribourg et plus précisément à la place Notre-Dame N° 8 dans le quartier du Bourg. Le blog du Bourg relate le séjour de Balthus dans notre quartier en publiant trois articles: le décor, le modèle et l’œuvre.

Le décor

En 1942 l’armée allemande occupe le sud de la France. Balthus et son épouse Antoinette de Watteville qui appartient à une famille patricienne bernoise, quittent Champrovent en Savoie pour s’installer à Berne et puis à Fribourg. C’est dans un immeuble datant du XVI siècle à la place Notre-Dame 164 (aujourd’hui N°8) que Balthus et son épouse vont séjourner jusqu’à la fin de la guerre et fonder une famille avec la naissance de deux fils: Stanislas en 1942 et Thadée en 1944. A Fribourg la guerre n’est pas totalement absente comme le prouvent les deux photos d’un défilé militaire à la place Notre-Dame en février 1943. En automne 1945 la famille quitte Fribourg pour Cologny près de Genève. En 1946 le peintre se sépare de son épouse et retourne vivre à Paris.

 

Balthus, autoportrait (1940)

Balthus, autoportrait (1940)

Enveloppe adressée à Balthus (lettre de son père)

Enveloppe adressée à Balthus (lettre de son père)

10 février 1943, le régiment d'infanterie 7 défile à la place Notre-Dame

10 février 1943, le régiment d’infanterie 7 défile à la place Notre-Dame

Défilée

A l’arrière-plan la maison occupé par Balthus

 

La promenade du Palatinat

24 février 2011

” Située au nord-est de la porte de Morat, elle a été créée en 1774 sur une bande de terrain qui court au pied du château de la Poya et fut offerte à l’Etat par le colonel Romain de Diesbach-Belleroche. On transforma une étroite “charrière” en une large chaussée, de chaque côté de laquelle furent plantés des arbres et placés des bancs. En 1880, le comte Edouard de Diesbach faisait élever vers le milieu de l’allée un mémorial en forme de temple rond à l’antique. Réalisé en ciment, l’édicule mesure 3 m 50  de haut et comporte d’abord, sur un soubassement équivalent à une marche, un socle quadrangulaire où a été gravée l’inscription “MEMORARE / 1880 “; puis six colonnettes doriques soutenant un entablement où se lisent les mots “AVE MARIA”, et une coupolette; au-dessus se dressait une statue de la Vierge et à l’intérieur jouait un petit jet d’eau. Or celui-ci a été supprimé en 1958 et remplacé par la statue.” (1)

Le nom de Palatinat vient de ce qu’un chevalier de l’Eperon d’or, de surcroît comte palatin, le chanoine Hans, possédait là un verger qu’il appelait Palatinatum et qu’il légua au chapitre de Saint-Nicolas. (2)

Signalons ici qu’à l’extrémité orientale de la colline de la Poya, à l’endroit le plus élevé, se trouve l’esplanade dite de la Haute-Croix, où furent enterrées les victimes de la peste de 1597. (3)

1. Marcel Strub, Les monuments d’art et d’histoire du canton de Fribourg, la ville de Fribourg, Bâle 1964

2. P.A. Deillon, Dictionnaire historique, statistique des paroisses catholiques du canton de Fribourg, Fribourg 1884-1902

3. F. Perrier, Nouveaux souvenirs de Fribourg, Fribourg 1865

Le mémorial du Palatinat et le château de la Poya