Berthold III, en bâtissant Fribourg en Brisgau, avait un jour manqué d’argent et fait un juron terrible: Par Belzébuth! Aussitôt paraît devant lui un riche seigneur costumé à l’orientale, qui lui offre un monceau d’or payable sans autre condition qu’une échéance fixe mais éloignée. Le Duc accepte et le terme fatal n’arrive que sous son neveu Berthold IV. L’argent manquait encore, mais grâce à son aumônier, Berthold avait flairé le malin et s’était entouré de croix et d’amulettes pour attendre son redoutable créancier. Il paraît; c’était bien le Diable et messire Satan en personne qui, furieux d’être joué et sans prise sur son débiteur, se transforme en oiseau monstrueux et fuit à tire d’ailes en emportant dans ses griffes quelques maisons neuves de la ville Souabe et jusqu’au palais du Duc. Celui-ci et toute sa suite se mettent aux trousses du ravisseur et chevauchent à travers monts et vaux. La poursuite est vaine, le ravisseur va être hors d’atteinte lorsqu’à la prière du fidèle aumônier, en traversant le gouffre et le sombre ravin de la Sarine le malin est saisi d’une horrible défaillance mêlée de peur et d’atroces coliques.

Il lâcha tout et laissa tout son cas s’en aller sur le rocher avec grande puanteur, dit la naïve légende. Les maisons tombèrent ainsi la plupart au fond de l’abime, le château ducal resta suspendu a la crête du rocher; Satan disparut fou de terreur et la suite du duc arriva juste a temps pour faire acte de possession. Quant a Berthold, il s’était égaré la veille pendant un violent orage dans le bois de Schmitten et avait couche dans la hutte d’un charbonnier entre un sac de farine et un sac de charbon. Un peu de lait aigre sorti d’un chaudron avait compose son frugal repas du soir. De grand matin il s’éveille aux cris de ses gens accourant joyeux lui annoncer la nouvelle ville si diaboliquement placée et a laquelle il ne manque plus que des habitants et des lois, des couleurs et des armes. Berthold se relève moitie enfarine et noirci et, se secouant, il déclare solennellement qu’il veut faire un bourg libre et religieux de la ville nouvelle; il la voue au Seigneur a tout jamais, la dote de privilèges et franchises pour attirer des habitants, lui donne l’utile chaudron pour Écu et pour couleurs distinctives le blanc et le noir mêlé de son pourpoint; puis il en assigne les limites territoriales et fait, en guise de bornes, planter partout des croix pour écarter le malin et le réduire a l’impuissance. Ainsi, selon la légende, Fribourg volée par le Diable fut restituée et consacrée a Dieu, reçut des lois, un écusson et un drapeau et devint Bourg libre ou franche ville. Telle est l’origine des croix nombreuses qu’on voit sur son territoire.

Nouveaux souvenirs de Fribourg : ville et canton par F. Perrier, 1865

Diables. Cathédrale Saint Nicolas

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La Fête de la Sainte Catherine et celle de Saint Nicolas, patrons de la ville et du canton, eurent lieu pour la dernière fois à Fribourg en 1763. Voici comment se déroulait la cérémonie en honneur de Saint Nicolas.

C’était aussi le maître d’école de la ville qui, d’ancienne coutume, avait soin de choisir un joli garçon pour être Saint Nicolas. Celui-ci était proprement vêtu en évêque, avec une soutane violette, le rochet, la chape, la mitre, de beaux gants et des anneaux. Un joli garçon portait la crosse, trois filles proprement habillées tenaient des pommes sur un livre et un coralis faisait l’office de diacre de Saint Nicolas. Les enfants des écoles étaient habillés en ritter, comme à la fête de Sainte Catherine, avec un capitaine et un banneret portant un drapeau. Ils assistaient aux premières vêpres, à l’office et à la procession, et les mêmes qui avaient été invités au diner de Sainte Catherine l’étaient aussi à celui de Saint Nicolas.

Après diner, Saint Nicolas montait sur un âne bien paré, la bride entourée de fleurs, la housse de velours violet brodée d’or. Les coralis à cheval chantaient l’hymne de Saint Nicolas: «Exultat aula coelica». Les enfants d’école suivaient avec leur régent à cheval et une trompette devant, qui annonçait la fête. Saint Nicolas donnait la bénédiction au peuple au nom du saint Patron, disant: «Pax et benedictio super hanc urbem et super omnes habitantes in ea»*. Puis il faisait trois fois le tour de l’église avant d’aller par toute la ville.

Étant de retour, il donnait à goûter à ceux qui l’avaient accompagné, mais modiquement, car pour tous ses frais il ne retirait que sept écus bons de la même fondation que celle de Sainte Catherine. Le lendemain, ils assistaient tous à la sainte messe à l’autel de Saint Josse.

Étrennes fribourgeoises 1870

* Paix et bénédiction sur cette ville et sur tous ses habitants

La cathédrale, portail occidental, tympan (détail)

La cathédrale, portail occidental, tympan (détail), photo Luca Barbieri

 

Dans le Journal de fête du Tir fédéral de Fribourg en 1934, Alfred Collomb avait publié un article sous le titre “Fribourg il y a soixante ans”. Cela nous ramène donc aux environs de 1870. Voici un extrait de cet article.

« Oh ! cette Terrasse qui avait succédé aux échoppes malodorantes des « cordouanniers » et des tanneurs de la Halle aux draps, elle était vraiment le domaine réservé de tous les bambins et bambines du Bourg (…). Sur l’asphalte bordée de balustres et flanquée au coin de la maison Diesbach d’une laide cheminée d’usine dont le soubassement nous servait de manège, la succession des saisons ramenait, suivant un rythme invariable, les jeux obligés et quasi rituels : le saut à la corde, le tzéna, le gukeis, le saute-mouton, la « semaine » où, après des évolutions strictes et compliquées à cloche-pied, on aboutissait, un caillou sur la chaussure, en plein « dimanche » ou en « paradis ». Les billes jouaient aussi un rôle prépondérant dans nos jeux, et c’était à qui exhiberait avec le plus d’orgueil la bille de verre la plus irisée ou « en agathe véritable ». Que de « poletz » (ces frères bolzes des mapis, des ondins et des petits mamelouks genevois) s’allaient perdre dans les chéneaux, où d’intrépides gymnastes de sept ou huit ans les repêchaient, au grand effroi et à l’admiration enthousiaste de leurs compagnes de jeu, pour la plupart élèves comme eux de l’Ecole enfantine de la sévère Mlle Chassot. Du Bletz nous dominions tout le Bourg, nous en étions l’exubérance et parfois la terreur (…) De la Terrasse, quand les agents, attirés par quelque méchante farce dont était victime le marchand de « wecks » et de « biscaumes » des Ormeaux, faisaient mine d’intervenir, nous dégringolions en trombe, et comme une volée de moineaux, nous envahissions la Place de la Grenette, pour nous réfugier, en contournant Notre-Dame, sur l’ancien cimetière caillouteux des Cordeliers»

Le "Bletz" et l'aqueduc du Pont-Muré peu avant sa démolition, d'après un dessin de François Bonnet

Le “Bletz” et l’aqueduc du Pont-Muré peu avant sa démolition, d’après un dessin de François Bonnet

Dans son édition de ce jour, le quotidien La Liberté publie un article sur l’état des falaises qui préoccupe les autorités de la Ville de Fribourg. Par le passé, des pans de falaises se sont détachés à plusieurs reprises en entrainant dans leur chute des immeubles.

Le samedi 2 février 1929, aux premières heures du jour, la nouvelle d’une catastrophe épouvantable boulversait la quiétude de notre bonne ville de Fribourg. En pleine nuit, vers 2 heures du matin, deux maisons de la Place de Notre-Dame, propriétés de M. Helfer, laitier, et de M. Cotting, tailleur, s’étaient brusquement écroulées dans le ravin du Grabensaal.

Un pan de la falaise de molasse s’était détaché sur une longueur d’environ 40 mètres, une hauteur de 25 mètres, et une épaisseur de deux mètres, entraînant la façade postérieure de la maison Cotting ainsi qu’un angle de la maison Helfer. La catastrophe était rendue plus terrifiante par le fait qu’une locataire, Mlle Adèle Zurich, avait été entrainée dans sa chute et gisait ensevelie sous les décombres et les blocs de molasse.

(…)

Nous citons, en terminant, quelques cas d’éboulements semblables qui se sont produits à Fribourg.

Le 2 mars 1723, une grande partie du vieux couvent des Cordeliers était tombée dans le Grabensaal pendant la nuit avec un fracas épouvantable. Le vieux couvent avait été évacué par les Pères quelques années auparavant, en prévision justement d’un éboulement.

27 novembre 1778. Le vénérable chapitre de St-Nicolas représente l’impossibilité où il se trouve de fournir aux frais qui lui sont survenus par l’écroulement de ses maisons proches de la Chancellerie.

3 février 1910. Une partie du rocher qui se trouvait en bordure du jardin du couvent des Capucins s’est détachée sur une longueur d’une centaine de mètres et est tombée dans la Sarine.

Edmond Weber. Nouvelles Étrennes fribourgeoises 1930 (extraits)

L'éboulement du Grabensaal

L’éboulement du Grabensaal

Un jour de Marché en 1938

15 octobre 2016

En 1938 un spécialiste des questions ferroviaires et collaborateur de l’Union des Paysans fribourgeois, le Dr Georges Hartmann, a consacré une étude à la question: Comment s’effectue le ravitaillement de Fribourg en lait, en beurre et crème, en viande et en pain: par route ou par rail?

Cette petite étude effectuée en collaboration avec la Police locale en pleine période de rationnement et de renchérissement général, donne une idée précise de l’importance du marché à cette époque. Le samedi 17 septembre 1938, 424 personnes sont venues à Fribourg offrir les produits de leur jardin ou de leur basse-cour. A ce nombre impressionnant de paysans il faut ajouter les bancs de 33 bouchers-charcutiers, 11 fromagers, 9 primeurs et 8 boulangers (biscuits et biscômes).

A noter que la majorité des paysans se sont déplacés avec leur char tiré par un cheval, à pied ou en train et une minorité en auto, à vélo ou à moto.

Pour illustrer ce petit intermède historique, nous vous offrons une magnifique photo de Benedikt Rast (1905-1993). Malheureusement cette photo n’est pas datée mais donne une idée de l’ambiance du marché à cette époque.

Sources: Jean Piller, Etrennes fribourgeoises de 1942

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Le Père Girard

8 septembre 2015

Le Père Girard est né à la rue des Épouses il y a 250 ans. Dans les vidéos que nous mettons en lien, l’historien Pierre-Philippe Bugnard retrace l’histoire de ce grand pédagogue.

Du 27.05 au 23.08.2015 le Musée Gutenberg présente

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Fribourg dans la collection Jean Dubas

Parrainée par la Ville et la Bourgeoisie de Fribourg, l’exposition proposée au Musée Gutenberg par les Archives de la Ville présente une soixantaine d’œuvres émouvantes, fleurons de la donation Jean Dubas (1918-2003), témoignages uniques de deux siècles de création fribourgeoise.

En suivant le fil de la Sarine, cette exposition entraîne le visiteur à la (re)découverte du visage pluriel du Pays et de la ville de Fribourg, des XVIIIe au XIX siècles.

Entre tradition et modernité, les dessins et autres estampes témoignent de l’ouverture de notre cité sur l’extérieur, qu’accompagnent, entre autres, la construction des deux ponts suspendus et l’arrivée du chemin de fer. A découvrir aussi, au cœur de ce voyage dans le temps, les œuvres saisissantes de Joseph-Emmanuel Curty et de Joseph Landerset.

Vue de Fribourg prise de la tour de Saint-Nicolas par R. Dikenmann (vers1860)

Vue de Fribourg prise de la tour de Saint-Nicolas par R. Dikenmann (vers1860)

Histoires de ponts

1 juillet 2012

C’est pour des raisons évidentes de sécurité que le duc Berthold IV de Zaehringen avait choisi un éperon rocheux enchâssé dans une méandre de la Sarine pour construire sa ville. L’accessibilité du nouveau bourg n’était pas prioritaire, bien au contraire. A l’époque les gens ne se déplaçaient que par nécessité et travaillaient proche de leur domicile. Le bon duc ignorait que son choix d’un site en forme de cul-de-sac allait provoquer pas mal de remous quelques siècles plus tard.

Cet été le blog du Bourg va vous narrer quelques histoires de ponts. Nous débutons cette série par des témoignages de l’époque juste avant ou après la réalisation du premier ouvrage reliant les deux rives de la Sarine.

… Nous nous mîmes en route sous la conduite de notre nouveau cicerone. Nous passâmes pour nous y rendre près du tilleul de Morat, dont j’appris alors l’histoire; puis nous descendîmes une rue de cent vingt marches, qui nous conduisit à un pont jeté sur la Sarine. C’est du milieu de ce pont qu’il faut se retourner, regarder Fribourg s’élevant en amphithéâtre comme une ville fantastique: on reconnaîtra bien alors la cité gothique, bâtie pour la guerre, et posée à la cime d’une montagne escarpée comme l’aire d’un oiseau de proie; on verra quel parti le génie militaire a tiré d’une localité qui semblait bien plutôt destinée à servir de retraite à des chamois que de demeure à des hommes, et comme une ceinture de rochers a formé une enceinte de remparts…

… En regagnant la route de Berne, notre sacristain nous montra l’endroit que les ingénieurs viennent de choisir pour y jeter un pont suspendu qui joindra la ville à la montagne située en face d’elle. Ce pont aura huit cent cinquante pieds de longueur sur une élévation de cent cinquante: il passera à quatre-vingt-dix pieds au-dessus des toits des plus hautes maisons bâties au fond de la vallée. L’idée qu’on allait embellir Fribourg d’un monument dont la façon serait si moderne m’affligea autant qu’elle paraissait réjouir ses habitants. Cette espèce de balançoire en fil de fer qu’on appelle un pont suspendu jurera d’une manière bien étrange, ce me semble, avec la ville gothique et sévère qui vous reporte,à travers les siècles, à des temps de croyance et de féodalité. La vue de quelques forçats aux habits rayés de noir et de blanc, qui travaillaient sous la surveillance d’un garde-chiourme, ne contribua point à éclaircir ce tableau qui, dans mes idées d’art et de nationalité, m’attrista autant que pourrait le faire l’aspect d’un habit marron à Constantinople, ou d’une culotte courte sur les bords du Gange. …

Alexandre Dumas (père), extrait de “Impressions de voyage: Suisse”, 1832

… L’accès par la porte de Berne est aussi fort pénible et long. Jugez-en vous-même par les localités.- L’idée d’établir un pont qui dispensât de descendre et de remonter dans la vallée de la Sarine, est une idée ancienne. Elle est belle et grande,mais son exécution serait très dispensieuse. Il faut avant tout trouver les moyens et voir si les avantages balanceront les frais. L’emplacement, dont il est à présent question, est sans contredit le plus favorable à touts égards.Le pont en fil de fer, dont le dessin a été lithographié dernièrement, aurait quelque chose d’aérien et de très pittoresque qui piquerait singulièrement la curiosité du voisinage et de nombreux étrangers qui de toute part viennent touts les ans visiter notre belle Suisse. Au reste qu’on l’exécute en fer, en bois ou en pierre, il serait toujours très remarquable par son étendue de 840 pieds et son élévation de 154. Notre canton aurait une route commerciale qui lui manque, et nous ne serions pas si à l’écart sur le pied des Alpes.

Girard, extrait de “Explication du plan de Fribourg en Suisse”, 1827

Lorsqu’on arrivait de Berne à Fribourg, il y a moins de 40 ans, on était sous la ville, à quelques pas de ses murs, mais à 150 pieds de profondeur dans la vallée, et il fallait une heure au moins, une heure d’efforts désespérés des attelages pour arriver au centre, après avoir traversé trois fois la Sarine, gravi des côtes escarpées d’une difficulté extrême en toute saison et quelquefois impraticables en hiver, heureux encore si la côte était franchie en une heure et sans accident! …

F. Perrier, extrait de “Nouveaux Souvenirs de Fribourg Ville et Canton”, 1865

Fribourg vers 1780 encore sans pont

La toute première représentation du pont suspendu avant sa construction

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite et fin)

Au mois d’août 1800 Elisabeth d’Affry et son époux Nicolas, comte de Castella Villardin se rendent aux eaux de Plombières. C’est une station thermale chic des Vosges. Anciens thermes romains, les bains de Plombières accueillent au fil des siècles d’illustres curistes comme Montaigne, Louis XV, Voltaire, Beaumarchais, Napoléon Bonaparte, Joséphine de Beauharnais, Lamartine, Berlioz et Goya.

C’est dans ce décor huppé que Nicolas de Castella de Villardin meurt subitement le 30 août 1800 à l’age de 35 ans.

Dans son journal Elisabeth d’Affry ne mentionne jamais les sentiments qu’elle éprouve pour son mari. En parlant de lui, elle écrit toujours Mr de Villardin et chose qui frappe, c’est le seul nom qu’elle orthographie toujours avec une majuscule. Il s’agissait donc certainement d’un mariage de raison.

Elisabeth d’Affry ne se remariera pas. Veuve aisée et sans enfants elle sera l’une des figures incontournables de la vie mondaine de Fribourg et tiendra salon. Les salons sont une coutume importée de France. Ces assemblées se tiennent à un rythme hebdomadaire régulier. C’est la maîtresse de maison qui invite sa famille et ses connaissances. A Fribourg les salons sont surtout le fait de la famille d’Affry. L’épouse de Louis d’Affry, Marie-Anne-Consantine de Diesbach-Steinbrugg, réunit sa société tous les lundis et vendredis soir. Ceux de Elisabeth ont lieu les mercredis et ceux de Nanette, Marie de Castella de Berlens, l’épouse de Guillaume d’Affry, les mardis. Ces salons prennent toute leur importance en 1803 et 1809, lorsque Louis d’Affry est Landamman de Suisse et que Fribourg accueille les participants à la Diète ainsi que les représentants diplomatiques étrangers.

Autre fait marquant. En 1809 Elisabeth, catholique pratiquante, est reçue dans la loge maçonnique de Sainte Caroline à Berne, le même jour que l’épouse de l’ambassadeur de France en Suisse, Auguste de Talleyrand.

Elisabeth meurt en 1831 à l’age de 56 ans.

Quand au patronyme d’Affry, il s’éteint vers 1850 avec les mariages des sœurs Adèle et Cécile d’Affry. Adèle, l’artiste Marcello, s’unit à une famille italienne Colonna et Cécile à une famille autrichienne Ottenfels.

Marcello (Adèle d’Affry, duchesse Castiglione Colonna): http://www.fr.ch/mahf/fr/pub/musee_art_et_histoire/collection/i77625_1.htm

Sources:

Georges Andrey et Alain-Jacques Czouz-Tornare, Louis d’Affry, 1743-1810, Premier Landamman de la Suisse

Francis Python, Pouvoirs et société à Fribourg sous la Méditation (1803-1814)

Remerciements:

Le Blog du Bourg remercie Monsieur Alain Hunziker, brocanteur et propriétaire du Journal de Elisabeth d’Affy, Monsieur Alain-Jacques Tornare, historien et Monsieur J.-Daniel Dessonnaz, archiviste de la Ville de Fribourg.

Si vous avez manqué le début: https://frbourg.wordpress.com/souvenirs-1800/

Plombières

Elisabeth d’Affry

Souvenirs 1800 (20)

13 mai 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

Dès leur retour de Strasbourg Elisabeth d’Affry et Nicolas Castella de Villardin n’habitent plus la ville de Fribourg. Ils s’installent à Montrechu (Monterschu près de Cormondes). Le château de Monterschu appartient à la famille Fégely, famille de la mère de Nicolas Castella de Villardin, Marie Madeleine de Fégely de Vivy.

Les inscriptions dans le journal d’Elisabeth se limitent pour l’essentiel à des invitations et des déplacements dans la campagne fribourgeoise (Wallenried, Belfaux, Nierlet, Givisiez, Seedorf etc) sans grand intérêt. Nous nous limitons aux inscriptions qui relatent d’autres événements. Ces inscriptions s’arrêtent au 30 juin.

le 5 mai – j’ai été avec mr de Villardin diner chez mde de berlens avec mr pierrou Castella et larmintran, c’est le jour ou ces messieurs faisait leurs comptes

j’ai été le matin chez papa faire ma malle, et l’après diné chez mr de Villardin ranger mes affaires avec Marianne guyot, nous avons été faire quelques visites à la marquise, mde odet

le 25 mai – j’ai été à Montrechu avec ninette, mr de berlens et mr de Villardin, ninette était à cheval sur flore et mr de berlens nous conduisait dans son phaëton (1)

papa, minette et guillaume sont venus à Valleried diner et nous sommes revenus apres ensemble à gevisy, ma tante Diesbach et mr de Mezieres sont aussi venus en passant, ils avaient diné à Courgevaux

nous avons envoyé un louis aux paysans de Montrechu qui voulait tirer pour mon arrivée afin qu’il n’en fassent rien, ce moyen a aussi bien reussi qu’à gevisy le 21 avril

le 1er juin – jour de Pentcôste, nous sommes partis par une pluie battante en cabriolet à la grand messe à Cormonde, au retour le cabriolet a cassé en consequence nous avons été obligés de faire le reste du chemin à pied par un chemin et un tems affreux

l’après diné nous sommes allés à gevisy en passant par Valleried, ou nous nous sommes arretés un moment

le 3 juin- papa, maman, mes soeurs, guillaume, le vicaire, le major, mr de Villardin et moi, avons été tous ensemble en pelerinage à tour (2), pour satisfaire au vœu que maman mes sœurs et moi avions fait pour papa, au 2 mars (3), d’aller aux hermites, l’image miraculeuse n’y etant plus, maman a fait demander a l’evèque la permission de changer le lieu du voyage, ce qu’il a accordé, en consequence nous avons été prier et entendre la messe que le vicaire nous a dite a tour, nous avons dejeuné chez le curé et en repassant a montagni, papa, mr de Villardin et moi avons été faire visite a mr Colin georgeou et charlon castella

en revenant a gevisy en char a banc, il est survenu une forte pluye qui nous a bien mouillés, il y avait si peu d’apparence que nous n’avions point de parapluye, nous n’avons diné qu’a quatre heures en arrivant a gevisy

le 11 juin – nous sommes partis de montrechut charles, mimi, constantin, guillaume et minette avec nous pour gevisy ou nous avons diné tous, après diné nous sommes revenus à la ville, ou j’ai logé pour la première fois chez mr de Villardin

le 12 juin – fête dieu, grande procession ou les grenadiers ont figurés en grande parade, après l’avoir vue passer de chez mimi j’ai été a la grand messe avec elle, rosalie a fort bien chanté, guillaume et mr Louis sont venus diner ici, guillaume y a couché, mde de Berlens a envoyé chercher mr Sudens pour mr Colin qui était fort souffrant

1) Phaéton: voiture à quatre roues haute et légère (voir illustration)

2) Notre Dame de Tours: lieu de pèlerinage près de Cousset

3) début mars Louis d’Affry était malade

Si vous avez manqué le début: https://frbourg.wordpress.com/souvenirs-1800/

Dimanche prochain dernier épisode de Souvenirs 1800

Phaéton

Notre Dame de Tours

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 5 mai – nous sommes partis à quatre heures du matin, j’ai été avec mde Vallier la petite et sa bonne dans un postvagen quelle avait pris pour sa course et ces messieurs sont partis avec les chevaux de mr de Roll, a peine avions nous fait une lieue, que la bonne se trouva mal et vomit a cause de la place de devant quelle avait, de sorte que je lui rendis celle du fond, et m’en allai dans notre voiture jusqu’à berne, nous nous sommes arretés à fraubrunn, pour changer de chevaux et déjeuner

j’ai ecrit par le cocher un mot à mlle Settier en lui envoyant la mesure et un echantillon de cheveux pour une perruque quelle voulait bien se charger de me faire faire

arrivés à berne d’assez bonne heure, j’ai été chez mde Savary et chez Sophie, mr lanther est venu nous voir et nous l’avons invité à diner, mr Savary que nous n’avions pas trouvé le matin est venu nous voir pendant le diné

comme on nous avait donné une chambre que le general moncei (1) venait de quitter, le gal monchoisi (2) qui l’y croyait encore vint l’y chercher, voyant qu’il s’était trompé, il s’arrête un moment, cause avec mdme Vallier qu’il connaissait fut très honnête et s’en alla

Mr de Villardin m’a donné une petite chaine d’or fort jolie et une tasse de porcelaine qu’il avait acheté à la foire de berne, après diné mde aftelmann nous a engagé en attendant les chevaux a aller dans sa chambre ce que nous avons fait, elle y a été très aimable

arrivés à la porte de la ville je fis mes adieux à mde Vallier, dit à jacques blanc de conduire la voiture jusqu’à la porte des etangs, et je montai la ville à pied avec guillaume et Mr de Villardin, je rencontrai mr ett mde bugnon, mde forestier et josephine, de qui j’ai reçus les complimens, étant arrivés à la porte avant la voiture, nous avons continué jusqu’à jevisy à pied, nous avons rencontré au cimetière de l’hôpital mdes de berlens et boccard avec ninette, mr boccard, albert fegely et ensuite consatantin, ils sont venus avec nous jusque vers la porte, ils arrivaient de gevisy ou on nous avait attendu toute la journée

nous sommes enfin arrivés à gevisy ou j’ai trouvé mes parens en bonne santé, j’ai eu un plaisir extrême a les revoir, j’ai donné à julie un eventail et à minette un peigne doré, j’ai trouvé le major etabli à gevisy

le 6 mai – j’ai été chez mdme de Berlens le matin ainsi que chez mes tantes fegely, Vicomtesse et Diesbach, à mon retour à gevisy j’ai trouvé sur ma table dans ma chambre le charmant necessaire que mr de berlens m’avait envoyé pendant que j’étais à fribourg qui m’a causé autant de surprise que de plaisir, après diné nanette est venue avec constantin et plus tard, mr de berlens est venu avec ninette, je lui ai fait mes remerciemens et j’ai donné un demi louis à bertschi qui avait été le porteur du necesssaire

nanette est partie avec mr de berlens dans son Wicki avec ninette

Charles était venu me voir de bon matin et il est venu en ville et revenu à gevisy avec moi, mimi est parie pour engi avec son père, j’ai donné une tasse de porcelaine au major

le 7 mai – j’ai été chez mes tantes Diebach et fegely, j’ai rencontré mimi qui arrivait de cugi, elle est venue avec moi à la maison de papa ou j’avais affaire

près diné mde de berlens et ma tante Diesbach sont venues nous avons fait un lotto et pris du thé ensembles

marianne guyot est venue et je lui ai dit de venir le lendemain pour s’établir avec ses effets

le 8 mai – marianne guyot est entrée à mon service

le 9 mai – j’ai été diner chez mdme de Berlens avec Walpourg son mari, belon et minette

j’ai été le matin à la maison de mr de Villardin avec mde Boccard et minette, j’y ai trouvé beaucoup de fleurs que mde boccard y avait fait apporter et un oranger en fleur et deux balons d’or en fleur et en pot, nous avons été voir toute la maison, dela j’ai été voir mde Gottrau, après mlle fegely et mde la brigadière à diné

mr de berlens m’a donné un très joli ridicule (3) et mr de Villardin un voile imitant la blonde noire, une robe de toile de jouey (4), deux chapeaux et un bonnet, j’ai donné aux gens de mr de Villardin un mouchoir et un demi louis à chacun

le 10 mai – mr de berlens, sa mère et ses sœurs ont dinés ici ainsi que madelaine, Gottrau de Nierlet, après diné on a été au verger, flore le petit cheval de ninette sur lequel elle était venue, minette y a monté longtems et s’en est fort amusé ainsi que tout le monde qui était la, mais en s’en allant à l’écurie il a donné un coup de pied au visage à libeck qui nous inquiète beaucoup, nous craignions pour son œil, qui heureusement n’eut point de mal, on le pansa ici, ensuite on le conduisit en cabriolet à la ville, un moment après nanette et fanchette sont venues

le 11 mai – nous avons été déjeuner avec mde de berlens, mr de berlens, ninette, tante Diesbach, Charles et mes sœurs et constantin

1) Général Bon Adrien Jeannot de Moncey

2) Général Louis Antoine Choin de Montgay, baron de Montchoisy

3) Ridicule, sac que les femmes portent à la main pour y mettre leur mouchoir, leur bourse, etc. Ridicule, en ce sens, est une corruption de réticule. On le nommait précédemment sac à ouvrage (Dictionnaire National 1855)

4) Toiles de Jouy, toiles (coton) peintes originaires de la manufacture de Jouy-en-Joras (près de Versailles) (Dictionnaire National 1855)

Si vous avez manqué le début: https://frbourg.wordpress.com/souvenirs-1800/

Berne

La manufacture de Jouy

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 28 avril – ma robe de taffetas etant faite je rendis a Mlle bonnet la sienne, je lui donnée un schahl violet quadrillé a frange

nous avons été faire une visite a mlle bonnet et voir le mausolée du Marechal de Saxe, nous avons été a la promenade du contade ou il y avait beaucoup de beau monde

le 29 avril – nous sommes partis a neuf heures du matin de Strasbourg, en même temps que le général Souch… qui prit la route de brisach. nous nus sommes arrteés pour diner a Schelestat  on venait de passer beaucoup de troupes, après diné nous étant remis en route nous n’avons pas tardé a les retrouver, ce ne fut qu’au pas que nous parvînmes a les dépasser ce qui fut fort long. il y avait toute la une demi brigade, les soldats qui nous prenaient pour des fournisseurs nous disaient milles injures et choses désagréables, a peine les avions nous quittés qui nous trouvâmes la poste aux chevaux, de sorte que pendant le changement de chevaux, toute la troupe passa devant nous, et nous nous vîmes obligées de les traverser encore une fois , ce qui nous parut fort déplaisant, nous proposâmes a un officier sous le prétexte  de la pluye qui commençait de venir dans la voiture, l’expédient fut rès bon, car l’officier se trouva fort honnête, et dès que les soldats le virent, ils se turent et nous laissèrent passer très tranquillement. Ce jour la nous avons été jusqu’à Colmar.

le 30 avril – nous ne pumes partir de Colmar qu’a onze heures faute de chevaux, arrivés à Mulhouse nous fumes obligés d’y attendre longtemps pour la même raison, a bourg libre pareil evenement, nous y restames jusqu’à dix heures du soir, enfin il arrive deux chevaux qui nous meneront jusqu’à basle ou nous craignions de ne pas pouvoir rentrer a cause de l’heure, mais moyennant trente francs on nous ouvrit la barriere et je quittai alors Sibille qui retourna chez sa mère

nous avons retrouvé en arrivant dans la cave de la voiture mon paquet qui nous avait suivi a Strasbourg et que nous avions cru égaré

le 1er mai – Mme Heitz nous envoye inviter a diner de grand matin, nous y fumes, il y avait mr et mdme burcard a diné

après nous avons été promener ensemble au jardin du Kirschgarten, mr burcard qui nous conduisit, et qui y loge nous mena en son magazin de rubans et de lacets, il me donna deux pièces de lacets et a mr de Villardin une pièce de rubans noirs, ensuite nous sommes montés dans la maison ou nous avons pris le thé avec Sibille

revenus à l’auberge nous avons vus passer tout le parc d’artillerie qui était a huningue, il a passé le rhin et le petit basle sans s’y arreter

le 2 mai – au moment de partir nous vîmes arriver une voiture dans laquelle était mdme Settier ses enfants et mr de roll, qui venaient de Strasbourg et allaient à Soleure faisant la même route, nous avons marché ensemble, nous avons diné à Valtebourg c’est la ou j’ai fait connaissance avec mdme Settier, qui delors a été très charmante et aimable pour moi, arrivés à balstahl à sept heures du soir, nous nous y arrêtâmes nos chevaux ayant fait une journée suffisante mais mdme Settier qui avait des relais continua jusqu’à Soleure ou elle ne put arriver que dans la nuit

le 3 mai – nous avons été diner a Soleure, a peine arrivés mr babet a été assez honnête pour venir nous trouver et nous engager de la part de mde Settier a aller passer la soirée et diner le lendemain avec elle, mde Vallier vint me voir après et nous fimes la parie d’aller ensemble à fribourg le surelendemain

nous avons été chez mde Settier qui a une charmante maison hors de la ville mais tout près, nous y avons passé la soirée avec mde de roll, mde Gugger, mde altermatt, mde Vallier, mr Barthelemy employé français, nous avons été promener au Waldeck

le 4 mai – j’ai été à la grand messe, à la belle eglise, mde Vallier est venue me prendre et nous avons été diner ensemble chez mde Settier, ou étaient mr et mde de roll, mr friz de roll et mr Tschann, nous avons passé l’après midi ensemble la et vers quatre heures nous sommes partis pour nous promener au bleichberrg. j’ai été en postwagen avec mde de roll, mde Gugger, mde Settier et mde de Sarbeck. c’est les chevaux de mde Sourie qui nous ont mené, cette dame avait été en cabriolet avec mr Setttier et mde altermatt, nous les avons retrouvé au bleichberg, ainsi les autres messieurs avec qui nous avions diné, après nous être promenés dans ces campagnes qui sont charmantes et dans le bois qui les avoisine, nous sommes revenus au bleichberg de mr Wald (l’autre est au baron de roll) ou nous avons fait un fort bon gouté

après quoi nous sommes revenus en ville assez tard, j’ai été accompagner mde Settier jusque chez elle, nous avons envoyé les chevaux coucher, un d’eux boitait ce qui nous faisait trouver la journée de Soleure à fribourg trop forte pour eux, et mr de roll avait bien voulu nous proposer les siens pour le lendemain afin de nous procurer le plaisir de passer encore la soirée avec ces dames, ce que nous avions accepté.

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Strasbourg vers 1800

Strasbourg vers 1800

Strasbourg vers 1800

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 22 avril – mr lanther est venu nous chercher pour aller déjeuner chez mr Savary ou nous avons trouvé mr larmintran, apres nous avons été voir les Kirchberg.

a midi nous sommes partis, nous avons dinés a fraubrunn, et de la nous avons été a Soleure ou nous nous sommes promenés

le 23 avril – nous avons été promener a l’hermitage de ste frêne (1) qui est très curieux, nous avons été voir mdme vallier et après diné, nous avons été a balstahl.

le 24 avril – nous avons été a liestal diner, et de la a basle

le 25 avril – nous avons été voir mr Mechel et son bel etablissement de tableaux, il a soupé avec nous, j’ai été voir aussi mdme Heitz qui m’a proposé de mener Sibille avec moi a Strasbourg

il a passé une dizaine de milles hommes par basle

j’ai rencontré mde et mr bernier que j’ai invités a venir prendre du caffé avec moi, a l’auberge, ils y sont venus

le 26 avril – nous sommes partis a 4 heures dans la voiture et avec les chevaux de mde Heitz, avec mlle sa fille pour Strasbourg, a bourg libre nous avons changés de chevaux et pris la poste, nous ne nous sommes pas arretés pour diner afin d’arriver a Strasbourg le même jour, mais malgré cela a la dernière poste on nous a prevenus que les portes de la ville se ferment a sept heures et demie, nous les trouverions fermées, il en etoit six et demie, de sorte que malgré nous, nous fumes obligés de rester a la poste de Kraft, je ne trouvai point la mon paquet dans la voiture, ce qui me fit croire qu’il etoit perdu et me mit dans un grand embarras pour ma parure du lendemain a Strasbourg, nous avons rencontré un superbe regiment de grenadiers a cheval, a brisach, ils allaient passer le rhin

le 27 avril – nous sommes partis de grand matin, a sept heures nous etions a Strasbourg, mr de Villardin est allé tout de suite chercher dans les boutiques une robe pour suppleer au defaut de mon paquet, n’en trouvant point de faites il s’adresse a une de ses connaissances nommée mlle bonnet, qui le plus obligeamment du monde m’en apporta plusieurs des siennes a choix, j’en pris une qui allait fort bien la demoiselle etant aussi grande que moi, et je la portai toute la journée, vers les neuf heures apres avoir dejeuné, et nous être un peu habillés, nous allames voir les magazins, ou nous passames la matinée, mlle bonnet eut la complaisance de nous mener partout, j’achetai une robe de tafetas, une d’indienne, des bas, j’allai tout de suite pour faire faire les dites robes mais jamais la tailleuse ne voulut y toucher parce que c’étoit dimanche, et m’en promit une pour le lendemain de bonne heure quelle feroit en s’y prenant de grand matin

pendant le diner mlle bonnet nous apporta une mousseline hochée dont mlle Heitz et moi, prirent chacune une robe, nous avons été a la comedie (2) ou mlle contat jouait ce qui y attire beaucoup de monde, je m’y suis bien amusée, mlle Heitz trouva la un officier du 8ème de Chasseurs de sa connaissance qui l’escorta et resta avec nous tout le temps du Spectacle, il etoit fort aimable

nous avons été sur la tour de la Cathédrale seulement jusqu’a la premiere platteforme d’ou la vue est bien belle nous y avons vu le thelegraphe (3) qui travailloit, et qui est posé sur la Cathédrale de la nous fumes chercher nos passeports a la municipalité, on y fut très honnête et mr levrant connu de Sibille et pour qui nous avions une lettre de mr Mechel, nous fit voir tout le beau batiment (4) de l’eveché qui fait aujourd’hui la municipalité

1) Ermitage Sainte Vérène sis à l’entrée de la gorge homonyme (Verenaschlucht), près de Rüttenen (SO). http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F7698.php

2) Le Théâtre de Strasbourg sera détruit par un incendie un mois plus tard, le 30 mai 1800 (voir illustration)

3) Pendant la Révolution française, Claude Chappe inventa et réussit à imposer à l’État français un nouveau système de transmission par sémaphores appelé Tour de Chappe. Ce premier télégraphe permettait de transmettre des messages sur une longue distance par l’intermédiaire de relais situés sur des hauteurs et distants d’une dizaine de kilomètres. Le système était optique et totalement manuel : l’invention de Chappe était composée de trois bras articulés peints en noirs placés en haut d’un mât et actionnés manuellement par un opérateur grâce à un système de poulies. L’opérateur observait les signaux émis par le relais précédent et le retransmettait au suivant. Ce système de transmission permettait de transmettre des messages de Paris à Marseille ou à Brest en seulement quelques heures, en utilisant un code pour accélérer la transmission et garantir une certaine confidentialité. En revanche, ce système avait l’inconvénient de ne pouvoir être utilisé ni la nuit ni par mauvaise visibilité. Néanmoins, en 1844, le réseau Chappe comptait 534 stations et près de 5000 km de lignes, reliant Paris à 29 villes françaises.

Source: http://www.gralon.net

4) Le Palais Rohan, l’ancien palais épiscopal de Strasbourg est aujourd’hui un musée.

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Soleure, Ermitage de Sainte Vérène

Incendie du théâtre de Strasbourg le 30 mai 1800

Couverture d'un almanach alsacien de 1837. On voit à l'arrière-plan la cathédrale de Strasbourg avec le télégraphe Chappe

Le palais épiscopal de Strasbourg en 1744

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 15 avril – Larmintran est venu faire signer mon contrat de mariage, papa maman et tante Diesbach y etait ainsi que les deux temoins qui sont joseph de Diesbach et constantin.

Mr Savary et madame, Charles mimi et Mr Larmintran ont dinés ici, ainsi que mes tantes Diesbach et Vicomtesse

le 16 avril

le 17 avril

le 18 avril – j’ai fait une confession generale depuis la derniere que j’ai faite il y a cinq ans. C’est au pere Matse que je me suis confessée

le 19 avril – mon portrait etant fini je l’ai donné a mes parens, et un rouet a maman

le 20 avril – j’ai été confesser au pere Matse et communier au College, de la a une messe aux Cordeliers, ensuite je suis revenue a la maison ou j’ai eu du monde toute la journée laurette, marianne de fuyens, nanette, fanchette, Walpourg et belon y ont passée une partie de la journée pendant laquelle mr de Villardin etait allé a domdidier, le soir je me suis promenée avec minette, Walpourg et son mari sur la place notre Dame, on a fait le lotto ordinaire avant et apres soupé, j’y ai joué avant mais pas apres

mr de Villardin en revenant est venu souper a la maison et il est reparti tout de suite apres

tard quand tout le monde a été parti j’ai été demander a papa et a maman chacun en particulier, pardon, et leur benediction ce qu’ils ont fait avec une grande bonté

le 21 avril – j’ai été a six heures confesser au pere Collaud Cordelier, en revenant a six heures et demie mr de berlens qui etait arrivé a minuit de paris, est venu apporter a la maison tous les bijoux qu’il avait achetés pour nous, mr de Villardin qui etait la me les a remis, il y avait pour moi un collier en or et perles qui entourent des pierres bleues peintes en or et des pendans d’oreilles assortis, une chaine en anneaux de cheveux attachés avec de l’or, un bracelet et une bague de même, j’avais envoyés les cheveux ceux du bracelet sont de mr de Villardin, ceux du collier de belon et de Walpourg et ceux de la bague d’antoinette Montansier (1), une chaine en noir et or que j’ai donnée a minette, une avanturine a julie et une noir bleu et or a ninette, une paire de pendans d’oreilles noir et or que j’ai donné a nanette, une … d’écaille blonde a Walpourg, et une bague en or et en perle a belon

les dames susdites ont eue la complaisance de venir me voir jusqu’au moment de mon depart, qui fut a sept heures et demie, je partis en voiture avec maman md boccard et mon oncle laurent fegely apres venait dans d’autres voitures, mes soeurs et mimi, mes tantes Diesbach, Vicomtesse et fegely et ninette mde de berlens vint aussi ainsi que mr son fils, le conseiller de Cherpe, consantin, joseph, mon oncle de Diesbach, colin fegely, philippe fegely

on nous a arrétés a la porte des etangs pour nous donner a boire et des bonbons, arrivés tous a jevisy (2) nous nous sommes reposés un moment et de la nous avons été a l’église ou le curé (3) nous fit un assez long discours et apres nous avoir mariés, il dit une messe que nous entendimes tous ensemble, c’est Charles qui m’a mené a l’autel, et mr de berlens qui m’a ramené a ma place et a la maison, en etant de retour nous avons dejeuné, j’ai donné la a mes oncles tantes et temoins les petits cadeaux qui leur etoient destinés, mr de Villardin a donné a papa une pipe ainsi qu’a Charles, et une tabatiere a guillaume, en arrivant de l’église je me suis mise a genoux avec mr de Villardin devant papa, maman, et mdme de berlens pour leur demander leur benediction

pendant le dejeuné mimi s’est trouvée assez incomodée, elle avait mal aux nerfs

apres dejeuné on s’est promené dans le verger et dans le jardin pendant ce tems apres avoir encore embrassé papa je suis partie sans faire d’autres adieux qu’a mes soeurs, ceux la m’ont déjà tant couté, mr de berlens, Constantin et Charles m’ont mené a la voiture et guillaume y est venu avec mr de Villardin et moi, nous avons été diner a môrat et de la a berne ou nous avons trouvé mr Savary qui venait a notre rencontre avec sa femme, ils nous ont invité a diner pour le lendemain, nous n’avons accepté que le déjeuner, voulant partir de bonne heure.

1) L’utilisation de cheveux humains dans la bijouterie est attestée dès la Renaissance et fréquente au 18ème et 19ème siècle. A noter que cette technique est à nouveau utilisée dans la bijouterie contemporaine.

La plupart des bijoux en cheveux, bracelets colliers et bagues étaient fabriqués a partir de tresses réalisées sur un métier à fuseaux. Ces tresses une fois terminées étaient rigidifiée en les trempant longtemps dans de l‘eau bouillante. Les bijoutiers les montaient sur un support en or pour mieux résister à l épreuve du temps. Il fallait trouver un bijoutier de confiance pour être sur qu’il ne mélange pas les cheveux de la personne chérie avec ceux d’une autre.

A noter également que les matières premières comme par exemple l’or étaient rares à cette époque à cause de la situation politique.

Sources: Joëlle Inglin, bijoutière et Jean-Jacques Richard http://richardjeanjacques.blogspot.com/

2) Givisiez où la famille d’Affry possède un château.

Avec ses trois châteaux (d’Affry, de Boccard et Von der Weid) on appelait Givisiez “Le Trianon fribourgeois” ou “Le petit Versailles”.

3) François-Joseph Audergon, curé de Givisiez de 1762-1802

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Eglise des Cordeliers, confessionnal

Exemple de bijou avec bracelet en cheveux

Eglise de Givisiez

Souvenirs 1800 (15)

8 avril 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 8 avril – nous avons été après midi sur la tour de St Nicolas, le temps était fort clair et la vue fort belle.

nous avons encore été aux etangs voir la pêche qui dure trois jours c’est le Commandant qui l’a faite faire pour donner le poisson aux couvens (1)

Mde rämi est accouchée d’une fille

le 9 avril

le 10 avril – j’ai retourné le matin pour la dernière fois chez Mr Landerset

le 11 avril

le 12 avril

le 13 avril – Larmintran est venu le matin avec Mr de Villardin

le 14 avril

Remarque: Une semaine plutôt calme. Patience, cela ne va pas durer.

1) Le 31 mars 1800, le commandant de place qui voulait “régaler les capucins de poisson” obtint de pêcher dans l’étang “en considération des égards qu’il a eu jusqu’ici pour la commune”.

Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité 1799-1800 fol.157

Fribourg en avril 1800

Que se passe-t-il dans la vie de tous les jours à Fribourg en ce printemps 1800. Le 7, “le chantre représente qu’il ne peut plus suffire aux dépenses qu’exige l’entretien des enfants de choeur, s’il ne reçoit pas au moins à compte de ce qui lui est dû à ce sujet”. Le 21 avril, la Municipalité demande à la Chambre administrative de lui “donner 40 à 50 sacs de grain soit à compte de ce qui nous est dû pour fournitures, soit comme prêt, afin que la Municipalité puisse faire face à ses besoins tant pour le paiement de ses pensionnés que pour les pauvres. La Municipalité décide alors de faire un geste et s’adresse au gouvernement pour obtenir du grain. Le même jour elle ordonne au Bumeister “de faire réparer le canal public de la rue de Lausanne qui est endommagé près du Cheval blanc”. Le 21 avril 1800, une citoyenne “divorcée d’avec son mari d’après jugement de l’évêque” obtient “de pouvoir jouir d’une partie de meubles pour elle et ses enfants” ainsi que de “deux cochons, vu que son mari a déjà disposé de deux cochons”. Quant au ramoneur Mathey, ordre lui fut donner “de ramoner aussitôt la cheminée dans la Maison du citoyen Bovard sur la Planche, et ce sans en être payé. Vu qu’il l’a récemment ramonée on ne peut plus mal”.

Le 21 avril 1800, la Municipalité prend connaissance d’une lettre adressée par la Chambre administrative à la chambre de régie dans laquelle le gouvernement cantonal estime “que la Commune de Fribourg doit rester dans ses anciennes limites qui s’étendent jusqu’aux bornes connues sous le nom de Burgerziehl, tandis que la Municipalité se montre résolu “de les étendre si possible jusqu’aux Bürgurziel”.

Le 23 avril, Jean-Baptiste Farvagnié obtient la “concession du fond des maisons écroulées à la Grand-Fontaine pour en faire un jardin”, à condition “que la Municipalité pourra retirer à elle ce terrain lorsqu’il le jugera avantageux au public” et que “ce citoyen établira et entretiendra un mur assez fort pour empêcher l’écroulement de la rue”. De plus, “il ne pourra aplanir ce terrain, mais devra le laisser en pente, dont la partie la plus élevée sera celle qui est du côté de la rue”. Le 29 avril 1800 “le propriétaire des Bains de la Badstube au nom de quelques autres citoyens demande que l’on ouvre de nouveau le grand escalier qui a été fermé à cause des troupes qui étaient casernées, quel motif n’existe plus”. La Municipalité refusa arguant du fait que des troupes pouvaient toujours revenir et que surtout “cet escalier n’est pas praticable et que la Municipalité n’a pas les moyens d’y faire les réparations nécessaires”. Le 27 juin 1800, plusieurs particuliers des Places et de la Neuveville obtinrent de rétablir à leurs frais le passage des grands escaliers à condition de le fermer lorsqu’il y aura de la troupe dans la caserne et d’établir une porte au bas qui, “ainsi que la supérieure sera tous les jours fermés à la nuit tombante et ouverte au jour venant”.

Alain-Jacques Tornare: Fribourg, il y a deux cents ans (extrait) – Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité 1800

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Joseph Landerset

Joseph Landerset, Courgevaux 1808

Souvenirs 1800 (14)

1 avril 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 1er avril – Walpourg est partie pour pré (1)

le 2 avril – l’arrivée et le départ des courriers changent de jour, on suivra dorénavant les jours pairs et impairs d’après les decades

le 3 avril, il est arrivé un bataillon de la 44ème il est logé chez le bourgeois

j’ai été voir madelaine qui est malade

le 4 avril – Walpourg est revenue

le bataillon est parti pour Valais

le 5 avril – j’ai été en confesse au père Matse

nous avons été à granfay après le miserere (2)

le 6 avril – j’ai retourné à confesse au père Matse et j’ai fait mes paques à St Nicolas

le 7 avril – j’ai retourné chez mr landerset le matin

l’après midi nous avons été voir pecher aux étangs (3), il y avait beaucoup de monde, nous avons été jusqu’à la Chassote avec papa et nous sommes revenus aux étangs jusqu’à l’heure du lotto

1) Prez-vers-Noréaz où la famille Fegely possède le château construit en 1770

2) Psaume de pénitence que l’on récite ou que l’on chante à l’office durant la Semaine sainte (le 5 avril 1800 était le Samedi saint)

3) La porte des Etangs qui se trouvait sur le haut de l’actuelle rue de l’Hôpital

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La Porte des Etangs

Souvenirs 1800 (13)

25 mars 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 24 mars – mr de reinold gringalai est assez mal d’une fièvre

le 25 mars – mr landerset (1) a commencé mon portrait

j’ai engagé marianne je lui ai donné 6 livres d’arrhes (2) et promis 4 louis et demi de gage

le 26 mars – j’ai été 2 heures le matin et 2 heures l’après midi chez mr landerset qui a  fort avancé mon portrait.

mr de reinold est mort, madelaine est arrivée top tard il était déjà mort

le 27 mars – j’ai été le matin chez mr landerset

j’ai été voir madelaine

j’ai été promener après diné au tirage avec mde maillard et ma tante la vicomtesse

minette est allé avec belon et mr de villardin diner à valleried.

le 28 mars

le 29 mars

le 30 mars – la ferme de Seedorff a brulé

on a baptisé la fille de mde carla de pensier

1) Joseph Landerset, né vers le milieu du siècle dernier, est issu d’une famille patricienne de Fribourg distinguée par les emplois que plusieurs de ses membres ont remplis tant dans la magistrature qu’au service militaire. Lui-même a été colonel au service de la France.

Joseph Landerset avait montré dès sa plus tendre jeunesse un goût décidé pour la peinture ; il ne cessa jusqu’à sa mort de consacrer tous ses loisirs à cet art et devint un des peintres amateurs les plus agréables de son temps. Il peignait dans tous les genres ; il a fait quelques portraits d’une ressemblance frappante et d’un coloris précieux, entre autres celui du Landammann d’Affry ; il s’est même essayé, dit-on, avec quelque succès dans les tableaux d’histoire : mais son genre de prédilection paraît avoir été le paysage à l’huile et à la gouache. Il en a copié un nombre assez considérable de Vernet, de Berghem et d’autres maîtres, qui décorent aujourd’hui les salons de Fribourg, sa ville natale, et spécialement ceux de quelques-uns de ses descendants.

M. Landerset est mort le 4 février 1824.

 L.G. Etrennes fribourgeoises

Joseph Landerset est né le 9 février 1753 à Fribourg. En 1787 il épouse Thérèse Gérard originaire de Givet (Ardennes), fille du Général Gérard.

Source: http://www.diesbach.com/sghcf/l/landerset.html

2) Avance sur gage

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Joseph Landerset, le Petit-Paradis, huile sur toile

Joseph Landerset, Paysage, gouache

Souvenirs 1800 (12)

18 mars 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 17 mars – j’ai été voir Madelaine à Nierlet avec romain, mimi et jacinthe de reinold.

la garnison qui était un bataillon de la 27. légère est partie, c’est la garde bourgeoise qui recommence a monter la garde

il arrive un bataillon de la 27ème on la loge chez le bourgeois

le 18 mars – le bat. de  la 27ème fait séjour et il est payé de 3 decades

le 19 mars – le bat. de la 27ème est parti

le 20 mars

le 21 mars – j’ai reçu réponse de felicité limat qui ne peut venir

Ma tante m’a donné a distribuer des billets de loterie d’une paire de serin pour son domestique Charrière

le 22 mars – j’ai fait venir marianne guyot pour lui demander si elle veut servir, elle y consent et demandera avis à sa sœur.

le 23 mars – marianne me rapporte le consentement de sa sœur, je lui dis de venir un autre jour pour l’arrangement du gage

nous avons été à montorge avec belon, Walpourg, nanette fegeli, minette, constantin, joson fegeli et mr gasser

j’ai été chez Mde Maillardon, nous avons été à un thé chez mimi

Création d’une Garde bourgeoise

La commune devait ainsi faire face à des problèmes d’insécurité. Le 26 juin, “la Municipalité sentant le besoin d’organiser au plus tôt la Garde bourgeoise nomme le citoyen Lanther, ci-devant avoyer d’Estavayer, commandant et l’invite à présenter trois sujets pour la nomination de l’adjudant-major, et à s’occuper de suite de l’organisation de quelques compagnies, qui puissent être employées au besoin”. Seront nommés au grade d’adjudant-major Claude Sudan, Vil[l]ard l’aîné et Hyacinthe Techtermann. Chaque maison devait fournir un garde, hormis celles habitées uniquement par des femmes. Mais nombreux furent ceux qui tentèrent d’échapper à cette astreinte qui frappait surtout les personnes qui n’avaient pas les moyens financiers pour se faire remplacer. Chaque fois qu’un homme commandé pour la garde ne se présentait pas, il se voyait contraint de verser “six piécettes” à son remplaçant, sous peine d’être mis en arrestation. Tous les citoyens de 16 à 35 ans, astreints au service dans la Garde, ne le firent pas de bon cœur et il arriva au commandant de la place de se plaindre de “la nonchalance avec laquelle se fait le service de la Garde bourgeoise”. De même, la Municipalité voulut forcer les membres du Tribunal cantonal à servir. Ces derniers protestèrent auprès du Préfet national et en dernier ressort le Ministre de l’intérieur demanda “à la Municipalité de se désister de sa résolution au sujet du tribunal, dont il a trouvé les réclamations fondées et les fonctions peu compatibles avec le service militaire”. Le 16 juillet, le citoyen Gendre, apothicaire, fut exempté de service au motif “que sa maison à la Motta est trop écartée pour jouir de la protection et de la sûreté que procure la garde, que par conséquent le seul homme qui l’habite ne peut monter la garde, étant obligé de rester chez lui pour se garder lui-même”.

Alain-Jacques Tornare: Fribourg, il y a deux cents ans (extrait) – Archives de la Ville de Fribourg, protocole de la Municipalité 1800

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Couvent de Montorge

Hôtel Central

14 mars 2012

L’hôtel Central se trouvait à la rue des Epouses 69 (actuellement N°7). En 1913 cet établissement était tenu par un certain Pierre Grossrieder et l’immeuble appartenait aux Fonds de l’Université de Fribourg. Au dessus des fenêtres du premier étage l’emplacement des lettres de l’enseigne est encore visible. C’est tout ce qui reste de cet hôtel. La belle devanture de bois a malheureusement disparu pour laisser la place à une vitrine “moderne” sans âme. Dommage!

Selon le livre d’adresses de Fribourg datant de 1913 que nous avons pu consulter grâce aux Archives de la ville de Fribourg, il y avait 30 établissements publics dans le quartier du Bourg (sans la rue de Lausanne). En plus des enseignes qui existent toujours, il y avait notamment une auberge des Bouchers, un café de l’Helvétia, un café des Ponts et un café de la Bavaroise à la rue du Pont-Suspendu. A noter également le café Winkelried à la Grand-Rue et le café des Tisserands de Draps et celui de la Consommation à la rue des Alpes.

Central, rue des Epouses

Souvenirs 1800 (11)

11 mars 2012

Les souvenirs d’Elisabeth d’Affry (suite)

le 10 mars – papa a pris une médecine, on a entendu le canon tout le jour, on croit que c’est à neuchatel pour le serment de fidélité que les habitants ont porté au roi. (1)

on annonce à 9h du soir par une proclamation qu’il arrivera un escadron d’hussards (2) pendant la nuit et il n’est venu personne

le 11 mars – le prefet est venu voir papa qui n’est pas mieux.

mimi a diné ici elle y a soupé aussi avec Charles

on fait une réquisition de 59 chars à trois chevaux pris sur les 3 districts de Fribourg, Schmitten et la Roche, jevisy (3) en fourni deux que la commune loue à des voituriers en ville, et qui coutent 7 ecus neufs par jour, ils sont destinés dit on, a aller chercher des avoines à pontarlier et les amener de suite à l’armée.

l’escadron d’hussards est arrivé à 2h. après midi, il est du 5ème et ils ont le doleman blanc (4)

le 12 mars – papa a pris une médécine dans laquelle est un grain d’emetique. (5)

on attend tout le jour les chars de requisition, ils arrivent en partie, on envoye des hussards dans les communes qui n’ont pas encore obéi a la ditte requisition

le 13 mars – tous les chars déjà arrivés partent pour pontarlier chercher de l’avoine, ils emportent avec eux du foin pour quinze jours, les derniers chars arrivent

on a jugé et absout jobart au tribunal du canton, il est remis en liberté

on fait l’anniversaire du petit verro

papa est mieux le prefet est venu le voir

guillaume est parti pour Cugé (6) avec louis, colin de Seedorf, ignace buman et colin de fuyens

le 14 mars – les hussards blancs partent

papa est bien

le 15 mars – j’ai acheté une perruque blonde

le 16 mars – j’ai été à la poya.

nous avons été à la promenade ou il y avait beaucoup de monde

1) A cette époque Neuchâtel est une principauté et a comme suzerain le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III

2) Hussard (du hongrois husz; pr houss, vingt, et ar, prix, solde.

Soldat des corps de cavalerie légère dont l’uniforme ressemble à celui de la cavalerie hongroise. Ils furent établis en France sous Louis XIV. L’habillement de cette troupe est élégant et lèger; leurs chevaux sont de petite taille; leurs armes consistent en un sabre, une carabine et une paire de pistolets. Le shako, la sabretache, le dolman d’un hussard.

Dictionnaire National 1855

3) Givisiez où la famille d’Affry possède un château

4) Sorte de veste que portent les hussards, lorsqu’ils sont en grand costume, et qu’ils placent sur l’épaule gauche. Les Hongrois qui avaient emprunté cet habillement des Turcs, l’importèrent en France lorsqu’ils vinrent servir Louis XIV.

Dictionnaire National 1855

5) Le tartrate de potasse et d’antimoine, qui a la vertu vomitive.

6) Cugy, baillage de Fribourg, la famille Reyff y possédait deux châteaux qui existent encore. (Source: commune de Cugy)

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Neuchâtel vers 1820

Neuchâtel vers 1820

Carte routière1800

Carte routière 1800

Hussard 1800

Hussard 1800

Cugy, église et château

Cugy, église et château